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  lecoeurrégulier 


 

Kafka sur le rivage courseaumoutonsauvage.jpg

  enfanthuitre

Aperçu

- Même s'il fait beau, vous feriez mieux de prendre votre parapluie.
Le policier hocha la tête. Puis il se retourna pour regarder l'horloge sur le mur derrière lui. Le collègue avec qui il avait rendez-vous n'allait pas tarder à l'appeler.

- Entendu, je prendrai mon parapluie.
- Il va tomber des poissons du ciel comme s'il en pleuvait. Des sardines, je pense. Mais il y aura peut-être bien quelques maquereaux aussi.
Le policier éclata de rire.
- Des sardines et des maquereaux ! répéta-t-il. Dans ce cas, il vaudrait mieux ouvrir son parapluie à l'envers pour recueillir les poissons et, de cette façon, on pourra préparer du maquereau au vinaigre !
- Le maquereau au vinaigre est un des plats préférés de Nakata, répondit le vieil homme avec le plus grand sérieux. Mais demain, à cette heure-là, Nakata ne sera plus là.

Le lendemain, quand une pluie de sardines et de maquereaux se mit effectivement à tomber sur ce coin de l'arrondissement de Nakano, le jeune policier se sentit blêmir. Environ deux mille poissons tombèrent soudain du ciel, sans le moindre signe précurseur. La plupart s'écrasèrent par terre à l'arrivée mais quelques-uns, encore vivants, frétillaient sur le sol devant les boutiques de la rue commerçante.


Kafka sur le rivage, Haruki Murakami

Mes avis

 : Pas terrible
 : Déjà vu mieux
 : Agréable à lire
 : Passionant 
 : Magnifique
  : Coup de coeur

Bienvenue, Welcome, Yôkoso!

 

Vous voilà sur un blog entièrement dédié à la lecture, l'une de mes grandes passions.

J'ai une préférence marquée pour la littérature japonaise, et la littérature classique anglaise et française (pour le moment, mais je change souvent !)

J'aime en général lire de tout, je n'ai pas vraiment de barrières,

aussi je vous propose dans ce blog de vous faire partager toutes mes lectures,

tout comme je serais ravie que vous me fassiez découvrir les vôtres ^^ !




Bonne balade !


 

19 décembre 2010 7 19 /12 /décembre /2010 13:05

Papillon suivi de La lionne, Yukio Mishimapapillon

 

Editions Gallimard, Folio2€
Traduit du japonais par Ryôji Nakamura et René de Ceccatty



 

 

    Voilà mon challenge japon débuté par un grand nom de la plume extrême-orientale, à savoir Mishima, que j’apprécie pour son écriture simple mais évocatrice, l’essence même de l’art japonais. Ici deux nouvelles sont réunies : la première au titre éponyme, et la seconde intitulée "La Lionne". 

 

 

    Dans "Papillon", Kiyohara assiste au dernier concert de la talentueuse cantatrice, Mme Butterfly. Il s’égare alors dans ses souvenirs, jusqu’en Italie lors d’un autre concert de la même interprète, où il a rencontré Hanako. Cette nouvelle charmante et poétique réussit à faire en quelques pages seulement l’éloge de l’éphémère, de la mémoire à laquelle la vie fait oublier des choses importantes pour la marquer profondément des instants les plus fugaces.

  

    La nouvelle « La lionne » elle, met en scène un couple dont la relation prendra un tournant tragique. Shigeko ressasse en boucle les évènements traumatisants de la guerre et vivote tant bien que mal sans s’occuper de son fils, supportant mal l’absence de son mari, Hisao, tournant et retournant comme une lionne en cage. Alors qu’elle pensait Hisao en voyage d’affaires, celui-ci se révèle en fait être en train de planifier sa vie avec une autre femme, Tsuneko…

Une nouvelle au dénouement inattendu et absolument exquis !

 

 

 

    J’admire énormément Mishima pour sa capacité à écrire des récits légers, ses belles descriptions, tout comme il sait écrire les drames les plus poignants (même chose dans Dojoji).  Sans être un coup de cœur non plus, de fortes images me sont restées, et il a su sans conteste me faire passer un bon moment !

 

 

 

    "Était-ce l’effet du pouvoir mystérieux qu’avait cette excellente cantatrice, telle une magicienne, de faire naître des illusions à volonté ? Quand elle chantait Un bel di vedremo, on voyait apparaître à ses yeux la couleur de la mer. Sur la mer grossière en carton-pâte, descendaient d’authentiques esprits marins. Les yeux de madame Butterfly n’étaient plus noirs, comme chez les Japonaises. À force de guetter, jour après jour, la mer, ils avaient fini par en prendre la couleur. Mais, comme par un pressentiment, juste avant la tragédie du dernier acte, où même son visage pourrait avoir un teint de mer, elle jetait un regard extatique vers l’éclat aveuglant de la mer en plein jour. Un navire qui lui apporte la tragédie. Ce sont les yeux d’azur transparent de Madame Butterfly qui l’ont attiré. Ce qu’elle attendait, ce n’était pas Pinkerton. En réalité, c’était la tragédie. C’était la mort. Ce qu’elle se consumait à attendre…"
Papillon 

 

 

Lu dans le cadre du challenge In the Mood for Japan, chez Choco !

challenge-In-the-mood-for-Japan

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1 décembre 2010 3 01 /12 /décembre /2010 17:42

 Une éducation, Lynn Barberaneducation

 

 

Éditions Penguin, 182 pages.

Lu en anglais

 

 

 

 

    Lynn Barber est une journaliste à la réputation de "démon" qui a interviewé de nombreuses stars pour les plus grands magazines anglais et américains. Ne comptez pas sur moi pour vous raconter son parcours professionnel, bien que je le connaisse maintenant bien. Si vous êtes intéressé(e), vous pouvez lire ses "mémoires", Une éducation, qui en parle : court et extrêmement facile à lire, très factuel et qui ne vous ennuiera pas par un trop-plein de sentiments.

Mais je ne vous le conseille pas.

 

 

 

    Objectivement, je n'ai pas l'habitude de descendre un livre car je pars du principe que si un texte a été publié, c'est qu'il vaut la peine d'être lu (j'ai appris cette année dans ma formation que c'est largement plus que faux!), puis en général je ne lis que des livres que j'aime - manque de chance, cette lecture obligatoire n'a pas été des plus enrichissantes. Je n'ai de toute façon pas envie de dire du mal d'un livre.

    Une éducation est donc drôle (si si, c'est vrai... Ce sont d'autres lecteurs qui le disent), et a pour point positif de montrer l'évolution d'une célèbre journaliste (5 British Press Awards) et de brosser un panorama réaliste d'une Angleterre dès la seconde moitié du XXème.

Le début, lorsqu'elle nous narre sa rencontre avec Simon, la quarantaine, alors qu'elle n'avait que seize ans, et comment il lui a menti, le livre s'est accroché à mes doigts je dois avouer. J'ai cru qu'il parlerait de la façon dont une jeune femme peut perdre son innocence et sa confiance en l'autre - et éventuellement de comment ça pourrait l'affecter dans sa vie future.

 

lynnbarberfemmefatale.jpg

Lynn Barber, à Oxford 

 

    Subjectivement, je ne l'ai fini qu'hier, je n'ai donc pas du tout de recul sur ce livre et je ressors d'une grande frustration, alors je vais m'en donner à coeur joie, pour une fois.

    Après ses années éducatives avec Simon et sa trahison, Lynn décide de s'ouvrir et de profiter de ses années à l'Université d'Oxford (par s'ouvrir, j'entends sexuellement, bien entendu). Mais en en sortant, le problème est qu'elle va rencontrer celui qui deviendra son futur mari et commencer sa carrière en tant que journaliste.
A partir de là, ce n'est qu'une série de faits, de "j'ai travaillé là où j'ai fait peur aux gens que j'interviewais, puis on m'a demandé chez Vanity Fair, puis j'ai gagné un award et j'ai publié un best-seller"... Bien sûr, j'exagère. A peine.
Une longue suite de pages égocentriques, donc, sans vraiment de lien avec le début, aucun du tout même avec le titre, qui se finissent sur la mort de son mari (oui je spoile, mais c'est pour vous éviter de faux espoirs et une attente longue de 50 pages), atteint par plusieurs maladies en même temps pour lesquelles les guérisons sont incompatibles. Bref, une horreur (je dois dire que j'ai quand même été triste pour lui) à laquelle s'ajoute le comportement hautement égoïste de Lynn, qui se cherche encore des excuses pour se sentir moins coupable. Je cherche encore où est l'éducation.

 

 

 

 

 

    Alors, une image entretenue, ces mémoires ? Que du faux, que des morceaux choisis ? Peut-être, mais la bonne volonté n'est tout de même pas au rendez-vous.

    Moi qui aime pourtant les autobiographies, même celle déconstruite de Sartre (article à venir), celle-là m'a littéralement trahie dans mon attente et profondément déçue. C'est une vie sans introspection ni commentaires subjectifs, pas de remise en question ou de compassion, haine ou regrets par rapport à elle-même, pas d'investissement sentimental, que du factuel, écrit dans un style froid, journalistique. Pas non plus d'ouverture au monde où n'importe qui pourrait se reconnaître, non, simplement elle, juste elle en tant que personne réelle et non romancée.
ça passe ou ça casse. Pour moi, ça a cassé. Mais ce n'est qu'un avis personnel... ça vous plaira peut-être à vous !


 

    Pas d'extrait pour le coup, mais la bande-annonce de l'adaptation, qui semble bien meilleure que le livre, pour une fois !

 


 

 
Article à relativiser, bien entendu ! 
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3 novembre 2010 3 03 /11 /novembre /2010 22:10

Jane Eyre, Charlotte Brontë

janeeyre

 

 

Editions Penguin, Popular Classics

447 pages.

 

Lu en anglais

 

 

 

 

 

     Il va m'être impossible de parler de Jane Eyre de façon un tant soit  peu objective, puisque je me suis plongé dans cette romance comme je me suis replongée en enfance. Totalement ignorante de ce qui pouvait m'attendre, j'ai été happée et très agréablement surprise par cette simple histoire d'amour comme je n'en avais  pas lu depuis longtemps.

 

 

 

    Lorsqu'elle était enfant, Jane avait une vie qui ne nous est pas inconnue : à la mort de son oncle, elle est laissée entre les mauvaises mains de sa tante, qui se montre odieuse et ne cesse de l'humilier et de la rabaisser au rang de domestique. Elle n'est pas écoutée, n'a pas le droit de lire (!), reste enfermée dans le noir pendant plusieurs jours...

Ses cousins suivant l'exemple de leur mère - allant même jusqu'à la battre - effaceront les derniers liens qui la rattachent à sa famille.

 

    Le fort caractère de Jane va lui attirer plus d'ennuis que de justice, mais lui permettra d'obtenir de sa tante l'autorisation d'aller à l'école. Dans le pensionnat de Lowood, elle apprendra à se sociabiliser, à respecter ses supérieurs, à avoir de l'esprit, et tout ce qu'une bonne fille de société se doit de savoir. Enfin libérée de sa famille, elle se sent à sa place dans cette école, mais au bout de quelques années, alors qu'elle est devenue elle-même professeur, la routine s'installe et Jane décide alors de s'en aller pour devenir la gouvernante d'une petite française, Adèle. Les autres servantes et la grand-mère Fairfax sont accueillantes, aimables, et la vie là-bas semble parfaite.

 

    Seulement, quelques mystères planent encore : qui est cette Grace Poole, sans fonction clairement désignée dont le rire se fait si oppressant ? Pourquoi le maître de la demeure, Edward Rochester, est-il si peu présent et si ténébreux ?

Plus les jours passent, et plus Jane apprend tout de même à le connaître et à l'apprécier. Les sentiments grandissent, la jeune fille tente maladroitement de les dissimuler tandis que M. Rochester semble entretenir les sous-entendus.

Pourtant, face au lourd secret de M. Rochester, aux pressions sociales et aux puissantes émotions, leur relation sera bien loin d'être simple...

 

 

 

 

 

    Oui, c'est une happy-end, vous vous en doutez un peu, et oui, c'est tout plein de sentiments, mais alors qu'est-ce que c'est passionnant !

Pourtant pas fan du genre, j'ai totalement accroché à cette magnifique histoire d'amour, qui retrace la vie de cette jeune fille (qui pourrait être n'importe qui!), de son enfance difficile à sa prise d'indépendance précédant ses premiers pas dans la société, et surtout -surtout!- ses premiers émois d'adolescente.

Je me suis complètement laissée emporter dans ces sentiments dissimulés, puis peu à peu dévoilés, sous-entendus, compris, -réciproques- ou non. Je me suis surprise accro à cette histoire pourtant des plus classiques où l'on en connaît la fin avant même de l'avoir commencé (et qu'on attend avec impatience!). Mais les embûches sur le chemin de Jane tombent en révélation inattendues comme un poids sur le coeur et fait stresser le lecteur, qui voit la fin tant espérée s'éloigner un peu, puis un peu plus, laissant planer un tel suspense qu'il n'en est que plus avide d'en savoir plus. C'est comme ça que j'ai dévoré les trois quarts du livre en deux jours ^^' !

 

 

    Je crois que c'est vraiment le plus beau des classiques romantiques que j'ai lu jusqu'à présent.  Pendant ma lecture, j'y ai vu du Harry Potter (avec la tante méchante et l'école...), j'y ai vu du Twilight (ben oui, j'avoue... Je comprends mieux les inspirations des auteurs contemporains!), je me suis coupée totalement du monde pendant trois jours comme une sale gamine faisant son caprice, ne faisant rien d'autre que lire, et le mieux... c'est que je ne m'en sens pas du tout coupable =D !

 

 

 

    Comme il est vrai que la beauté réside dans le regard de qui la contemple. Le visage sans éclat et olivâtre de mon maître, son front carré et massif, ses sourcils noirs et épais, ses traits marqués, sa bouche ferme et rébarbative, pleine de décision, d’énergie, de volonté, il n’y avait dans tout cela, d’après les règles, rien de beau ; mais ces traits possédaient pour moi plus que de la beauté : ils étaient empreints d’un intérêt, d’une influence qui me subjuguaient complètement, qui me privaient de tout pouvoir sur mes propres sentiments pour les livrer à mon maître. Je n’avais pas voulu l’aimer…

 

 

 

Lu dans le cadre du challenge English Classics chez Karine :) !

EnglishClassicsMini-copie-1

 

 

(Le deuxième livre sur 2, j'ai fini mon premier challenge !!)

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20 octobre 2010 3 20 /10 /octobre /2010 19:12

Le Coeur Régulier, Olivier Adam

 

 

Editions de l'Olivier, 232 pages

 

 

lecoeurrégulier

 

    Le jour où Nathan avait croisé sa route, il y a huit mois de ce la, Natsume  Dombori n'était pas encore devenu ce héros national, cette célébrité. Il a fallu qu'il pose sa main sur l'épaule d'un journaliste au bord du gouffre, qu'il le ramène chez lui, le garde quelques semaines, lui offre le gîte, le couvert et sa patiente écoute, et que ce dernier croie bon de raconter tout cela dans le journal qui l'employait, sans omettre de préciser qu'il était loin d'être le premier à avoir ainsi été sauvé, recueilli et soigné. Hiromi affirme que depuis que cet ancien flic du district s'est fixé la mission de décourager les candidats au suicide et de les prendre  sous son aile, soit trois ans maintenant, le nombre de morts volontaires a diminué de moitié. J'ignore d'où elle tient cela, si des statistiques existent, si elle les tient elle-même.


 

 

 

 

     C'est un livre qui m'a fait tellement d'effet que je ne sais pas vraiment par où commencer ni si je saurais trouver les mots justes pour vous décrire mes impressions de lecture... Je vais sûrement très mal en parler, mais après réflexion, je pense qu'il vaut mieux mal en parler et tenter de vous le faire connaître que de ne pas en parler du tout.

 

 


    Je vais donc démarrer par la conclusion (logique, n'est-ce pas?) : c'est un roman absolument MA-GNI-FIQUE qu'il faut absolument que vous lisiez si vous en avez l'occasion !!

    Le lecteur se plonge directement dans les pensées d'une jeune femme, Sarah, mère de deux beaux enfants, au père attentif, une grande maison dans un quartier résidentiel; bref, une vie rangée, agréable, parfaite, "trop parfaite" même, selon ses dires. Mais au milieu de cette vie trop longtemps fardée, son frère, Nathan, son jumeau presque, tant ils ont partagé leur enfance et leurs idées, fait irruption avec son mal-être et son insistance. Il n'apprécie pas le mari, Paul, chose réciproque, et Sarah l'écarte peu à peu de sa vie.

    Seulement, quand Nathan meurt - accident de voiture, suicide ? - Sarah est sous le choc. Elle réalise qu'elle ne connaissait que trop peu de choses de lui, excepté qu'il était parti au Japon un peu plus tôt et qu'il en était revenu transformé, heureux.

    Réalisant du même coup que son foyer est froid, faux, elle s'enfuit au Japon sur les traces de son frère afin de comprendre ce qu'il était devenu, de le redécouvrir en même temps qu'elle fait le point sur sa propre vie et qu'elle se redécouvre elle-même.

 

 


tojinbo.jpg 

Tojinbo, village japonais où se déroule l'histoire


 

 

 

    Dans la salle il n'y a plus personne, juste la patronne qui débarasse les tables puis les fait reluire à l'aide d'un chiffon. Ses gestes sont vifs et légers, comme déconnectés de son corps, sa silhouette un peu raide, son visage tendu. Elle me propose une dernière tasse de café, un bol de thé vert. Je la remercie et, pour la première fois depuis que je suis ici, j'ose sortir de ma poche la photo de Nathan. Elle rit en le voyant et ça me fait un bien fou d'entendre ce rire, ça me fait un bien fou d e savoir que quelqu'un qui l'a croisé peut rire à son souvenir. Dans son anglais rudimentaire elle me dit que oui, elle s'en souvient, il est resté quinze jours chez elle, il était toujours saoul, en train de chanter et de rire ou de pleurer, "a very strange and very kind man". "C'est mon frère", lui dis-je. Mon frère. Je répète plusieurs fois ces mots, aussitôt les murs et le sol les engloutissent, à peine prononcés ils disparaissent, absorbés par le silence mat. Elle me prend les mains et me les serre, les siennes sont petites et comme couvertes de talc. Ses yeux brillent et son visage est d'une bienveillance grave et douce. On dirait qu'elle me présente ses condoléances. Comment peut-elle savoir ? Qu'a-t-elle bien pu deviner ? Elle se penche vers moi et me glisse à l'oreille, sans me lâcher les mains :

- Don't go see cliffs again. Not good for you.

 

 

 

 

 

    C'est une très belle ode à la fraternié, à l'amour, à la sensibilité. On suit l'évolution psychologique de Sarah, les découvertes qu'elle fait sur son frère, elle le revoit vivre une dernière fois. Son avancée, plongée au coeur d'un Japon apaisant et quotidien, est entrecoupée de ses souvenirs qui percent les apparences, dévoilant les difficiles vérités refoulées.

    Le style est magnifique, mélancolique, les descriptions sont belles, lyriques, rythmées, on se laisse porter le long des sentiments fraternels, des regrets, tout en restant dans un ton juste, jamais mièvre ou exagéré.

Mais au-delà se retrouve un élan d'espoir en l'homme - ou plus précisément en son prochain, en celui que l'on croise dans la rue qui cache ses faiblesses et que l'on a envie d'aider - à travers le personnage de Natsume notamment, discret et peu loquace, qui donne toute sa profondeur au roman.

 

    Finalement, "Le coeur régulier" c'est se retrouver dans ses sentiments et dans le coeur des autres, c'est dévoiler le non-dit, comprendre sans même se servir des mots (il n'y a d'ailleurs que très peu de dialogues et la barrière de la langue n'en est finalement plus une), tout passe par l'émotion, les sens, la présence de l'autre à ses côtés (ou non) lorsqu'il y en a besoin, c'est retrouver son rythme, un battement paisible.

 

 

Tojimbo.jpg

 

 

 

   Je n'ai pas vraiment su vous dire à quel point ce livre m'a touché, puisque j'en ai même dû arrêter ma lecture à plusieurs reprises pour avoir le temps de digérer certaines révélations ou scènes imposantes, et j'aurais aimé vous raconter bien plus (surtout sur le Japon très justement dépeint), mais le mieux c'est que vous alliez le dévorer dès que vous pouvez !!

 

 

    Personnellement, je compte très vite continuer à découvrir cet auteur que je ne connaissais pas (non, je n'ai jamais lu/vu "Je vais bien, ne t'en fais pas", mais ça ne saurait tarder!), et comme j'ai vu qu'il était dans la sélection pour le Goncourt, je lui souhaite de réussir !

 

 

 

    Un petit passage dans "La Grande Librairie", où Olivier Adam interrogé par François Busnel saura vous donner bien plus envie ! (Il vous suffit de cliquer ici)

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13 octobre 2010 3 13 /10 /octobre /2010 18:01

Exercices de style, Raymond Queneau exercicedestyle.jpg

 

 

Editions Gallimard, Folio

154 pages

 

  

 

    

Sonnet

 

Glabre de la vaisselle et tressé du bonnet

Un paltoquet chétif au cou mélancolique

Et long se préparait, quotidienne colique,

A prendre un autobus le plus souvent complet.

 

L’un vint, c’était un dix ou bien peut-être un S.

La plate-forme, hochet adjoint au véhicule,

Trimbalait une foule en son sein minuscule

Où des richards pervers allumaient des londrès.

 

Le jeune girafeau, cité première strophe,

Grimpé sur cette planche entreprend un péquin

Lequel, proclame-t-il, voulait sa catastrophe,

 

Pour sortir du pétrin bigle une place assise

Et s’y met. Le temps passe. Au retour un faquin

A propos d’un bouton examinait sa mise.

 

 

     Non, Exercices de style n'est pas un recueil de poèmes, c'est un genre tout autre et tout autrement original.

    Le principe du livre est tout simple : la petite histoire qui suit est racontée de 99 façons différentes, toutes aussi recherchées et drôles les unes que les autres :


     Dans l'autobus S quasi-bondé, le narrateur observe un homme au long cou, coiffé d'un chapeau entouré d'un galon tressé au lieu d'un ruban. Il accuse son voisin de lui marcher volontairement sur les pieds avant de se jeter sur une place libre. Deux heures plus tard, le narrateur le croise devant la gare St-Lazare alors que ce jeune homme écoute la proposition de son ami de remonter le bouton de son pardessus.

 

 

 

 

     Cette situation n'est qu'un prétexte à explorer les différents styles littéraires, toutes les façons d'écrire possibles et imaginables pour un même texte.


    Je peux vous dire qu'au bout de 99 versions, on finit par la connaître, l'histoire, mais alors qu'est-ce je me suis bidonnée ! Certaines m'ont vraiment fait mourir de rire (ruinant ma tentative d'être discrète à la bibliothèque...) !

C'est un livre détente, à lire ici et là entre deux métros les jours où l'on va pas fort pour se muscler les joues et s'évader un peu.


    Je vous fais partager quelques unes de mes préférées, mais c'est loin d'être exhaustif !

 

 

 

Médical


    Après une petite séance d’héliothérapie, je craignis d’être mis en quarantaine, mais montai finalement dans une ambulance pleine de grabataires. Là, je diagnostique un gastralgique atteint de gigantisme opiniâtre avec élongation trachéale et rhumatisme déformant du ruban de son chapeau. Ce crétin pique soudain une crise hystérique parce qu’un cacochyme lui pilonne son tylosis gompheux, puis, ayant déchargé sa bile, il s’isole pour soigner ses convulsions.

    Pus tard, je le revois, hagard devant un Lazaret, en train de consulter un charlatan au sujet d’un furoncle qui déparait ses pectoraux.

 

 

 

 

 

Poor lay Zanglay

 

    Ung joor vare meedee ger preelotobüs poor la port Changparay. Eel aytay congplay, praysk. Jer mongay kang maym ay lar jer vee ung ohm ahvayk ung long coo ay ung chahrpo hangtooray dünn saughrt der feessel trayssay. Sir mirssyer sir mee ang caughlayr contrer ung ingdeeveedüh kee lühee marshay sürh lay peehay, pühee eei arlah sarsswar.

    Ung per plüh tarh jer ler rervee dervang lahr Garsinglahzahr ang congparhrgnee d’ung dangdee kee lühee congsayhiay der fare rermongtay d’ung crang ler bootong der song pahrdessüh.

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10 octobre 2010 7 10 /10 /octobre /2010 18:48

Le Meurtre d'O-Tsuya, Jun'ichirô Tanizakitanizakilemeurtredotsuya

 

 

Editions Gallimard, Folio 2€

124 pages

Traduit du japonais par Jean-Jacques Tschudin

 

 

 

    Shinsuke est follement amoureux d’O-Tsuya, la fille de son patron, avec laquelle il vit une histoire interdite de par leur différence de situation sociale. Déjà empli de honte, le respect pour son employeur le pousse un jour à refuser la fugue que propose la belle, mais l’amour finira par le persuader.

    Pendant que leur ami Seiji les cache et tente de convaincre les parents de ne plus s’opposer au mariage, les deux amants se complaisent et profitent l’un de l’autre sans retenue durant plusieurs savoureuses semaines. Mais Shinsuke va se retrouver victime d’une machination tragique qui les séparera et mènera à la révélation passionnante de leur noire personnalité.

 

 

 

 

Depuis qu’ils étaient chez Seiji, installés au premier étage, O-Tsuya était devenue littéralement une autre personne, éclatante de santé, enjouée et téméraire. […] Observant attentivement les geishas, O-Tsuya s’était vite pénétrée de leurs manières, et quelques jours après son arrivée, elle avait remplacé le joli chignon relevé à la shimada qu’elle portait en quittant la maison, par le style plein d’abandon de Hyôgo, ornant son abondante chevelure de peignes de buis ostensiblement plantés au-dessus des tempes ; elle portait comme l’eût fait un homme le dotera de pongé rayé que la patronne de l’auberge lui avait prêté contre le froid et fumait sans retenue un tabac qu’elle ne savait pas encore apprécier. Elle avait aussi retenu des expressions utilisées par les geishas de Suzaki, elles-mêmes contaminées par le langage des prostituées, et à plusieurs reprises, elle avait inconsidérément recouru pour parler d’elle-même à des tournures telles que Shinsuke, les sourcils froncés, lui avait demandé avec irritation où diable elle avait appris à parler ainsi !

 

 

 

    J’ai trouvé ce court roman divertissant et parfois surprenant. Il met en avant les principes de l’honneur japonais et de la honte concernant la famille ou au sein de la hiérarchie sociale.

    Il renverse également les préjugés de la domination masculine sur les femmes, montrant comment le rapport de force peut être inversé grâce à la beauté et à une habile manipulation.

 

    ça n’a pas été ma lecture préférée de Tanizaki, mais il reste toujours à découvrir !

 

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3 octobre 2010 7 03 /10 /octobre /2010 14:42

Kafka sur le rivage, Haruki MurakamiKafka sur le rivage

 

 

Titre original : 海辺のカフカ

Editions 10/18

Traduit du japonais par Corinne Atlan

 

 

 

 

 


    Kafka Tamura a 15 ans lorsqu’il fugue de chez lui. Sa mère l’a quitté sans un mot alors qu’il était encore enfant, emportant avec elle sa sœur adoptive, et le laissant entre les mains d’un père absent.

Partant avec seulement son courage, son subconscient qui prend la forme d’un garçon nommé corbeau et d’une noire prédiction qui le hante depuis petit, il fuit Tokyo pour commencer une nouvelle vie sur l’île de Shikoku, au sud du pays.

 

    En parallèle, nous sommes témoins d’un étrange évènement produit il y a des années de cela et qui attend toujours son explication rationnelle : lors d’une promenade en forêt, tous les élèves d’une classe de primaire sont victimes d’une perte de conscience commune. Ils se réveillent peu de temps après, sauf un, Nakata, qui reste plongé dans le coma durant plusieurs mois. A son réveil, il ne sait plus lire, ni écrire, il est devenu « stupide », comme il se décrit lui-même.

On le retrouve bien des années plus tard, et il est muni de la capacité surprenante de parler aux chats. Ces derniers vont l’embarquer dans une épopée dont il n’y comprendra que peu de choses et dont il ne prévoira aucune de ses étranges étapes.

 

    Ces deux personnages qui n’ont apparemment rien en commun laissent le lecteur perplexe à la recherche du moindre indice, et pourtant leurs aventures vont se faire écho et devenir dépendantes l'une de l'autre.

 

 

 

 

    Un coup de cœur, tout simplement. 

    Malgré un départ un peu long, un style sec, haché (traduction ?) comptant quelques descriptions qui ne m’évoquaient rien, on se laisse finalement emporter par la douce poésie de l’auteur, de l’histoire, des mots choisis qui nous plongent dans un ailleurs sublimement onirique (j’ai décidé pour l’occasion que « sublimement » existait !).

On lit tranquillement, sans trop comprendre, puis tout s’accélère, on commence à trouver des pistes, à réfléchir, faire des liens sans pourtant jamais s’approcher de la vérité. Murakami nous mène hors des sentiers battus sur une route inimaginable à l’intrigue fascinante, où, au fur et à mesure de notre avancée, tout converge et se met en place pour une fin incroyablement vibrante.

 

    Les personnages sont naturels, sans aucune prétention, notamment Nakata, qui m’a fait beaucoup rire avec son compagnon et toutes ses aventures invraisemblables. Dans le cas de ces deux amis, le langage est simple – Nakata ne comprenant pas les mots trop compliqués – et parlé, mais néanmoins emprunt d’un certain lyrisme.


Extrait d’un dialogue entre Nakata et un policier :

 

"- Même s'il fait beau, vous feriez mieux de prendre votre parapluie.
Le policier hocha la tête. Puis il se retourna pour regarder l'horloge sur le mur derrière lui. Le collègue avec qui il avait rendez-vous n'allait pas tarder à l'appeler.

- Entendu, je prendrai mon parapluie.
- Il va tomber des poissons du ciel comme s'il en pleuvait. Des sardines, je pense. Mais il y aura peut-être bien quelques maquereaux aussi.
Le policier éclata de rire.
- Des sardines et des maquereaux ! répéta-t-il. Dans ce cas, il vaudrait mieux ouvrir son parapluie à l'envers pour recueillir les poissons et, de cette façon, on pourra préparer du maquereau au vinaigre !
- Le maquereau au vinaigre est un des plats préférés de Nakata, répondit le vieil homme avec le plus grand sérieux. Mais demain, à cette heure-là, Nakata ne sera plus là.

Le lendemain, quand une pluie de sardines et de maquereaux se mit effectivement à tomber sur ce coin de l'arrondissement de Nakano, le jeune policier se sentit blêmir. Environ deux mille poissons tombèrent soudain du ciel, sans le moindre signe précurseur. La plupart s'écrasèrent par terre à l'arrivée mais quelques-uns, encore vivants, frétillaient sur le sol devant les boutiques de la rue commerçante."

 

 

 

    L’auteur lie magnifiquement bien l’humour à la réflexion par le biais des dialogues qu’entretient Kafka avec ses futures rencontres, que j’ai trouvé d’une rare profondeur et émotion :

 

"-J'ai peut être assassiné mon père en rêve. J'ai emprunté des circuits particuliers aux rêves et je suis allé le tuer.

- C'est ce que tu crois. En un sens, c'est peut-être une réalité pour toi. Mais la police - et personne d'autre d'ailleurs - ne te poursuivra pas pour responsabilité onirique. Personne n'a le don d'ubiquité. Einstein l'a démontré scientifiquement, c'est une vérité universellement reconnue.
- Je ne parle pas de loi, ni de science.
- Ce dont tu parles, Kafka Tamura, c'est d'une supposition, ni plus, ni moins. Une supposition hardie et surréaliste, digne d'un scénario de science-fiction.
- Bien sûr, qu'il s'agit d'une supposition. Je le sais bien. Sans doute que personne ne croira à une hypothèse aussi ridicule. Mais si aucune antithèse ne vient réfuter une hypothèse, aucun progrès scientifique n'est possible. C'est ce que mon père disait toujours. Une antithèse c'est un champ de bataille dans le cerveau, voilà ce qu'il disait. Il répétait cette phrase comme une litanie. Et pour l'instant, je ne vois pas la moindre antithèse à opposer à cette supposition.
Oshima se tait.
Je ne trouve rien à ajouter non plus.
- C'est pour échapper à cette prédiction que tu as fugué, que tu t'es enfui aussi loin, n'est-ce pas ? finit par dire Oshima.
Je hoche la tête, puis je lui montre le journal plié sur la table.
- Mais on dirait que je ne suis pas parvenu à lui échapper.
N'espère pas que la distance résoudra tout, avait fait remarquer le garçon nommé Corbeau."

 

 

 

 

    Si la fin laisse toujours planer un certain mystère, c’est pour n’en garder que plus un sentiment de grande aventure, de splendeur et de magie, bien après avoir refermé le livre.

 

    Si vous ne connaissez pas encore, vous n’avez plus qu’à vous jeter dessus !

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29 septembre 2010 3 29 /09 /septembre /2010 22:46

On ne badine pas avec l'amour, Alfred de Musset onnebadinepas

 

 

Editions Bordas

127 pages


 

 

 

 

    Perdican et Camille sont cousins et se connaissent depuis leur plus tendre enfance. Séparés par leurs études, ils se retrouvent enfin une dizaine d’années plus tard à la cour du Baron, qui prévoit de les marier. Perdican vient de finir son doctorat, et Camille revient du couvent, mais les retrouvailles ne se déroulent pas tout à fait comme le Baron l’avait prévu. Si Perdican est ravi à l’idée d’épouser Camille, celle-ci ne se laisse pas attendrir par la volonté de ces hommes ni par les heureux souvenirs avec lesquels on tente de la convaincre. Perdican se tourne alors vers Rosette, la sœur de Camille, et lorsqu’il intercepte une lettre de sa supposée promise, Perdican va mettre en place un stratagème afin de se venger…

 

 

 

 

    Je dois dire que je m’attendais à autre chose venant de cette pièce que l’on considère comme un classique, donc je suis un peu déçue. Il n’empêche que j’ai quand même passé un très bon moment. La pièce est courte, agréable à lire, légère, divertissante et la fin est surtout surprenante. Les personnages secondaires (le curé, le baron et les gouverneurs des fiancés) ont un comportement complètement burlesque qui fait sourire et ajoute au charme de la pièce.

Je pense cependant que si l’occasion se présente, il est sans conteste préférable d’aller le voir sur scène !     

 

 

 

 

    "Adieu, Camille, retourne à ton couvent, et lorsqu'on te fera de ces récits hideux qui t'ont empoisonnée, réponds ce que je vais te dire : Tous les hommes sont menteurs, inconstants, faux, bavards, hypocrites, orgueilleux et lâches, méprisables et sensuels ; toutes les femmes sont perfides, artificieuses, vaniteuses, curieuses et dépravées ; le monde n'est qu'un égout sans fond où les phoques les plus informes rampent et se tordent sur des montagnes de fange ; mais il y a au monde une chose sainte et sublime, c'est l'union de deux de ces êtres si imparfaits et si affreux. On est souvent trompé en amour, souvent blessé et souvent malheureux ; mais on aime, et quand on est sur le bord de sa tombe, on se retourne pour regarder en arrière, et on se dit : J'ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois, mais j'ai aimé. C'est moi qui ai vécu, et non pas un être factice créé par mon orgueil et mon ennui."

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22 septembre 2010 3 22 /09 /septembre /2010 22:57

Le portrait de Dorian Gray, Oscar Wildedoriangray


 

Titre original : The picture of Dorian Gray

Editions Penguin Classics

252 pages

 

Lu en anglais

 


 

 

 

    Tout le monde connaît l’histoire de Dorian Gray, l’un des plus grands classiques anglais que je dois bien être la dernière à lire. Je ne vous apprendrai donc rien dans le résumé (et même que je pourrais vous raconter la fin sans même vous spoiler, pour une fois !) mais je me lance quand même.

 

 

    J’ai cru avant de le lire, comme tout le monde se le disait, que c’était l’histoire d’un homme qui faisait peindre son portrait, et que celui-ci vieillissait à sa place, point.

    Mais au fur et à mesure de ma lecture, j’ai découvert que « le portrait de Dorian Gray » c’était beaucoup, beaucoup plus que ça. A tous ceux qui croient comme moi je l’ai cru à cette brève description, jetez-vous vite sur le livre !!

 

    Bien sûr le portrait vieillit à sa place, pour le dire simplement, mais pour le dire plus précisément, le « Dorian Gray » du portrait supporte à la place du vrai le poids de ses années, voit ses traits déformés par le temps et les expériences, et c’est partant de ce raisonnement-là que toute l’histoire et la profondeur du livre découlent.

 

 

 

    Dorian Gray est un garçon dans la fleur de l’âge, il est jeune, beau, innocent, pur, naïf ; bref, l’homme parfait que tout le monde rêve de rencontrer. Lorsque le peintre Basil Hallward, séduit par sa beauté, commence à réaliser le portrait, Dorian rencontre Lord Henry, vieil ami de Basil, qui tombe lui aussi sous le charme. Dorian représente l’innocence parfaite, l’ignorance de la vie et Lord Henry veut alors s’empresser de lui faire découvrir le monde à sa façon. Toujours armé de ses pensées particulières et de ses points de vue subjectifs au possible et pas vraiment légitimes, il va influencer – volontairement ou non, mais en tous cas parfaitement inconscient des conséquences – le brave jeune homme en l’embobinant de ses belles paroles sur sa jeunesse qui disparaitrait bientôt (pour commencer seulement).

    Face au portrait – le plus grand chef-d’œuvre de Basil – l’âme entachée de doutes qu’il ne se connaissait pas, Dorian va peu à peu se laisser ronger par la peur d’abord, l’anxiété, la panique, puis par l’amour, la fierté, la honte, l’indifférence, et quand il réalisera que son « lui » pictural porte sur son visage tous les signes révélateurs de la cruauté avant la vieillesse, il va se laisser emporter par la facilité, par l’envie, le plaisir, par la noirceur, la corruption la folie, toujours accompagné de son plus fidèle ami, Lord Henry et ses phrases philosophiques préfabriquées.

 

 

 

 

En somme, un roman magnifique sur le pouvoir de l’influence, de ses amis, de la propre considération de soi et de soi par les autres, sur la jeunesse et la beauté, le temps; c'est un roman parfois violent, parfois un peu lent, qui montre la plus phénoménale évolution psychologique que j’ai jamais lue jusque là. Ça a été vraiment une lecture forte, et riche en surprises.

J’espère ne pas en avoir trop dévoilé pour celles et ceux qui ne l’ont pas encore lu, mais je vous conseille en tous cas de vous dépêcher de le lire !!

 

 

 

 

"There is no such thing as a good influence, Mr Gray. All influence is immoral - immoral from the scientific point of view."

"Why?"

"Because to influence a person is to give him one's own soul. He does not think his natural thoughts, or burn with his natural passions. His virtues are not real to him. His sins, if there are such things as sins, are borrowed. He becomes an echo of some one else's music, an actor of a part that has not been written for him. The aim of life is sef-development. To realize one's nature perfectly - that is what each of us is here for. People are afraid of themselves, nowadays. They have forgotten the highest of all duties, the duty that one owes to one's self. Of course they are charitable. They feed the hungry, and clothe the beggar. But their own souls starve, and are naked. Courage has gone out of our race. Perhaps we never really had it. The terror of society, which is the basis of morals, the terror of God, which is the secret of religion - these are the two things that govern us. And yet -"

"Just turn you head a little more to the right, Dorian, like a good boy," said the painter, deep in his work, and conscious only that a look had come into the lad's face that he had never seen there before.


 

 

Lu dans le cadre du challenge English Classics, chez Karine :) !


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15 septembre 2010 3 15 /09 /septembre /2010 17:36

Choke, Chuck Palahniukchoke

 

 

 

Editions : Denoël (2002) / Gallimard, Folio Policier

383 pages

Traduit de l'américain par Freddy Michalski


 

 


 

 

    Victor Mancini est un connard, c'est lui-même qui le dit. Il n'aime personne et ne veut pas qu'on l'aime, il veut simplement qu'on ait besoin de lui. Il a un mode de pensée étrange, comme la plupart (pour ne pas dire la totalité) des personnages qui nous est donné de rencontrer tout au long de ce roman pour le moins inhabituel, qui se fait témoin de vies ratées, décadentes, en marge de la société.

 

    Victor est un sexoolique, c'est-à-dire un drogué du sexe, qui ne travaille qu'à peine sur sa quatrième étape de désintox, multipliant les aventures d'un soir au lieu de se les remémorer. Son travail consiste à jouer le rôle d'un paysan irlandais dans une reproduction historique d'une colonie du XVIIIe siècle, où sont sévèrement proscrites toutes allusions à l'époque actuelle. Il arrondit aussi ses fins de mois en s'étouffant dans divers restaurants afin qu'une âme héroïque le sauve et le couvre d'argent. Tout ça afin de payer les charges médicales de sa mère hospitalisée.

Il passe courageusement la moitié de son temps libre à lui rendre visite, mais, devenue folle, elle ne reconnaît plus en lui son fils mais son avocat, qu'il se prête alors à incarner pour lui tenir compagnie.

     Entouré de son ami Denny, lui aussi sexoolique et personnage de la colonie du XVIIIe, et de la belle doctoresse Paige Marshall, Victor se lance peu à peu sur la sombre piste menant au mystère de sa naissance, à celui entourant son père qu'il n'a jamais connu et dont sa mère ne lui a jamais parlé, à son enfance qu'on découvre dans de fréquents retours en arrière à mesure qu'il se redécouvre lui-même.

 

 

 

 

 

    Si vous avez l'intention de lire ceci, n'en faites rien, ne vous donnez pas cette peine.

    Au bout de quelques pages, vous n'aurez plus envie de vous trouver là où vous serez. Alors oubliez. Allez-vous-en, tant que vous êtes encore intact, en un seul morceau.

    Soyez votre propre sauveur.

    Il doit bien y avoir mieux à la télévision. Ou alors, dans la mesure où vous disposez de tellement de temps libre, vous pourriez peut-être prendre des cours du soir. Devenir médecin.Vous pourriez faire quelque chose de votre vie. Vous offrir une sortie, aller au restaurant. Vous teindre les cheveux.

    Vous ne rajeunissez pas.

    Au départ, vous allez faire la gueule devant ce qui se passe ici. Ensuite, ça ne fait qu'empirer.

    Ce à quoi vous avez droit, ici, c'est à une histoire stupide à propos d'un petit garçon stupide. Une histoire vraie de la vraie vie concernant des individus que jamais vous ne voudriez rencontrer.

 

 

 

 


    Je serais bien incapable de donner un avis tranché sur ce livre. Je l'ai trouvé divertissant,  les premières lignes (extrait) sont vraiment captivantes, on s'y plonge vite, l'histoire, le style s'annoncent intriguants. On est en train de lire ces avertissements, à peine hésitant, et voilà qu'on se retrouve pris dans le début de l'action sans s'en rendre compte.


    Malheureusement cette impression n'a pas duré. Quelques choses m'ont un peu gênées dans ce livre : d'abord, le langage est cru, le narrateur ne mâche pas ses mots et même si cela contribue bien à l'ambiance de l'histoire et colle parfaitement à l'univers créé, j'ai souvent trouvé que c'était trop, que c'était du vulgaire juste pour être vulgaire. En général le registre de langue ne me pose pas de problème, mais ici ça m'a paru inutile et d'un style déjà trop vu.

 

    Autre chose aussi, c'est que je n'ai pas vraiment adhéré à la pensée "creuse" et soi-disant "rebelle de la société" parsemée tout au long du roman. Je n'ai pas réussi à m'identifer aux personnages ou à leur vie, ni même à compatir aux problèmes de Victor.


    Mais là je me dis que, puisque c'est quand même Chuck Palahniuk, une grande icône du genre, j'ai sûrement dû manquer foule d'éléments importants pour comprendre ce qu'il a vraiment voulu dire au fond. D'où ma déception. Si quelqu'un avait l'amabilité de m'expliquer l'intérêt, j'en serais ravie.


 

    Cela dit, l'auteur brosse un portrait très original de ses personnages, ils sont parfois naïfs, fragiles, souvent complètement fous. Denny m'a fait bien rire, et j'ai bien aimé le Dr. Marshall, surtout vers la fin lorsque sa vraie personnalité se révèle.

Mêlée à l'intrigue - un peu lente c'est vrai, mais aussi accrocheuse et curieuse - une fenêtre s'ouvre sur un monde à part où il y est difficile de dire qui est fou et qui ne l'est pas, insérant un doute persistant, même après fermeture du livre, dans l'esprit du lecteur...

 

 

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