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Coups de coeur

  lecoeurrégulier 


 

Kafka sur le rivage courseaumoutonsauvage.jpg

  enfanthuitre

Aperçu

- Même s'il fait beau, vous feriez mieux de prendre votre parapluie.
Le policier hocha la tête. Puis il se retourna pour regarder l'horloge sur le mur derrière lui. Le collègue avec qui il avait rendez-vous n'allait pas tarder à l'appeler.

- Entendu, je prendrai mon parapluie.
- Il va tomber des poissons du ciel comme s'il en pleuvait. Des sardines, je pense. Mais il y aura peut-être bien quelques maquereaux aussi.
Le policier éclata de rire.
- Des sardines et des maquereaux ! répéta-t-il. Dans ce cas, il vaudrait mieux ouvrir son parapluie à l'envers pour recueillir les poissons et, de cette façon, on pourra préparer du maquereau au vinaigre !
- Le maquereau au vinaigre est un des plats préférés de Nakata, répondit le vieil homme avec le plus grand sérieux. Mais demain, à cette heure-là, Nakata ne sera plus là.

Le lendemain, quand une pluie de sardines et de maquereaux se mit effectivement à tomber sur ce coin de l'arrondissement de Nakano, le jeune policier se sentit blêmir. Environ deux mille poissons tombèrent soudain du ciel, sans le moindre signe précurseur. La plupart s'écrasèrent par terre à l'arrivée mais quelques-uns, encore vivants, frétillaient sur le sol devant les boutiques de la rue commerçante.


Kafka sur le rivage, Haruki Murakami

Mes avis

 : Pas terrible
 : Déjà vu mieux
 : Agréable à lire
 : Passionant 
 : Magnifique
  : Coup de coeur

Bienvenue, Welcome, Yôkoso!

 

Vous voilà sur un blog entièrement dédié à la lecture, l'une de mes grandes passions.

J'ai une préférence marquée pour la littérature japonaise, et la littérature classique anglaise et française (pour le moment, mais je change souvent !)

J'aime en général lire de tout, je n'ai pas vraiment de barrières,

aussi je vous propose dans ce blog de vous faire partager toutes mes lectures,

tout comme je serais ravie que vous me fassiez découvrir les vôtres ^^ !




Bonne balade !


 

22 mai 2011 7 22 /05 /mai /2011 10:23

Les Années, Annie Ernauxannees.jpg

 

Editions Gallimard

253 pages

 

 

 

 

 

 

 

      Difficile de résumer toute une vie en un article quand les auteurs ont déjà eu tant de mal à résumer la leur en quelque centaines de pages.

Annie Ernaux nous livre ici une autobiographie d'un genre particulier, où son histoire se fond dans la grande Histoire, où le "je" laisse place au "on", où l'individualité se transforme en généralité et à l'Autre dans le tumulte des années.

Ce n'est plus sa vie à laquelle elle nous propose de prendre part, mais à la vie de millions de Français qui ont tous vécus entre les années 50 et 2000.

 

      Sur ses souvenirs prévalent les souvenirs communs, les moments d'existence que chacun aura traversé, que ce soit dans sa jeunesse ou sa vie adulte.

 

      Rythmées par les descriptions de photos ou vidéos où le "elle" nous permet de suivre l'évolution de la narratrice, les années défilent, la société change, on passe des uniformes dans les années 50, à la libération de la condition féminine dans les seventies, au fait de devenir mère, aux tensions politiques internes ou externes, jusqu'à l'arrivée des nouvelles technologies dans les années 90. On revit l'époque des magasins Mammouth, on suit l'évolution des problèmes d'immigration, d'éducation, on retrouve les Guignols de l'info, les potins de stars, et tout ce qui a fait notre présent un jour fait ici partie intégrante du passé, on prend un coup de vieux, les plus sensibles resteront nostalgiques encore quelques temps après avoir refermé le livre.

 

      Mais si Ernaux nous plonge au sein de cette vie vécue par tant de Français, elle arrive à faire ressortir de l'anonymat les émotions que pouvait ressentir tout un chacun, le désir d'être aimé, d'accomplir ses rêves, de voir ses enfants grandir, ces sentiments si personnels et pourtant connus de tous. 

 

 

 

     Elle voudrait réunir ces multiples images d'elle, séparées, désacordées, par le fil d'un récit, celui de son existence, depuis sa naissance pendant la Seconde Guerre mondiale jusqu'à aujourd'hui. Une existence singulière donc mais fondue aussi dans le mouvement d'une génération. Au moment de commencer, elle achoppe toujours sur les mêmes problèmes : comment représenter à la fois le passage du temps historique, le changement des choses, des idées, des moeurs et l'intime de cette femme, faire coïncider la fresque de quarante-cinq années et la recherche d'un moi hors de l'Histoire, celui des moments suspendus dont elle faisait des poèmes à vingt ans, Solitude, etc.

 

 

 

      Une autobiographie au style unique à portée à la fois intime et universelle, qui permet de se replonger avec nostalgie dans le passé - qu'on l'ait connu ou non -, qui permet de s'ouvrir et de comprendre les autres générations, même si l'on est parfois pris de vertiges de réaliser que le temps passe si vite.

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15 mai 2011 7 15 /05 /mai /2011 09:38

Glory Boom, Killian Arthur gloryboom.jpg

 

 

Editions Fayard


 

 


 

     Au cours des trois derniers mois, j’ai fait deux fois la couverture de People. En tapant mon nom sur Google, on obtient six millions de résultats. Je suis français, américain, japonais, brésilien, mondial. Je suis un it boy. Je suis une putain de star. Et qu’ai-je fait pour en arriver là ? Rien. Je suis quelqu’un qui ne fait rien. Ma contribution au monde est nulle. Alors j’imagine que j’ai eu de la chance, mais un détail me tracasse quand même : il paraît que l’homme est la somme de ses actes. Or cela ne peut signifier qu’une chose : je n’existe pas.

 

 

Sex, drugs and rock’n’roll, avec beaucoup d’alcool et de célébrité, c’est ce que vous trouverez dans ce roman explosif et indécent.

Sur la lignée de la série Entourage et autres histoires de stars construites par « le système », Glory Boom vous entraîne en jet privé de Hollywood à Paris en passant par Las Vegas dans les endroits les plus branchés, à danser (et plus si affinités) aux côtés de Jessica Simpson et Britney Spears.


L’histoire n’est pas compliquée, le héros n’est pas compliqué : fils de stars, Avril Alken est devenu lui-même un « it boy », « une putain de star » en ne faisant… rien. Enfin si, il a été vedette d’une émission sur la jeunesse trash et ravagée ; s’auto-détruire en faisant tout et n’importe quoi (mais surtout n’importe quoi) est devenu sa spécialité. Avril laisse donc couler les jours au bord de la piscine, entouré de ses amis Ben, Max et Victor, et bien sûr, de filles. Mais tout bascule le jour où il reçoit une lettre de menace, mystérieuse et angoissante, qui lui révèle le vol de la montre de son grand-père, normalement cachée dans un coffre-fort connu d’Avril seul…


Si l’intrigue a déjà été utilisée, usée, jetée par les nombreuses références de l’auteur – il ne les cache pas : Fight Club, Hollywood Stories, et tant d’autres – le livre n’en reste pas moins à lire pour le style, l’humour et le monde clinquant aux clichés volontairement réaffirmés dans lequel il nous plonge avec plaisir.

Glory Boom est le premier roman de Killian Arthur, un auteur prometteur à suivre avec attention !

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8 mai 2011 7 08 /05 /mai /2011 09:53

W ou le souvenir d'enfance, Georges PerecW.jpg

 

 

Editions Gallimard, L'Imaginaire

221 pages

 

 

 


 

W ou le souvenir d'enfance est l'une des oeuvres de Perec les plus connues, avec La Vie mode d'emploi et La Disparition. Pourtant membre de l'OuLiPo, aucune trace évidente de jeu d'écriture ni d'humour n'apparaît, au contraire de Queneau.

 

Dans W ou le souvenir d'enfance, deux récits se superposent sans jamais se croiser : une partie est autobiographique, lors de la seconde guerre mondiale, et l'on suit l'enfant qui est envoyé chez les différents membres de sa famille, qui va d'école en école et d'amis en amis, marquant très peu de stabilité. L'autre partie nous fait entrevoir l'espoir d'une épopée : un voleur d'identité part à la recherche d'un petit garçon disparu (le véritable porteur de l'identité), mais très vite, l'aventure vire à la plus longue description que j'aie jamais lu, d'environ 10 chapitres.

 

J'ai beaucoup de mal à trouver des points positifs à ce roman, même avec le temps et du recul. Dans un récit comme dans l'autre, le rythme est lent, le temps long, et je dois avouer que j'ai eu beaucoup de mal à le finir. Des descriptions de photos s'étalent sur plusieurs pages, interrompues par des notes internes de plusieurs pages également, des paragraphes entiers inintelligibles...

Quant à la partie non-autobiographique, elle ne parle que de la façon de vivre de quatre villages sportifs, qui bascule peu à peu (mais un peu trop tard) dans la dénonciation des camps de concentration.

 

En somme, quelques longues heures de lecture forcée qui ne me laissent qu'un souvenir dérangeant.

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4 mai 2011 3 04 /05 /mai /2011 07:58

Les Mots, Jean-Paul Sartrelesmots

 

 

Éditions Gallimard

214 pages

 

 


 

 

    «J'ai commencé ma vie comme je la finirai sans doute : au milieu des livres.»

    Cette phrase résume très bien le roman Les Mots et il n'y aurait rien à dire de plus si je n'avais pas envie de vous en parler un peu.

 

    "Poulou" n'a pas connu son père, mais sa mère et son grand-père auront toujours été près de lui. Malgré ce qu'il peut en dire, son enfance n'a pas été malheureuse, quoique solitaire. Avec pour amis seuls les livres et son imagination, il développe ses premiers rapports avec les grands auteurs et l'écriture, et raconte comment elle est devenue sa "vocation".

 

    Scindé en deux parties, Lire et Ecrire, le roman nous offre, par une succession de souvenirs et de sentiments qui l'ont façonné, le portrait d'un Sartre vulnérable et passionné, où sa voix d'enfant se mêle au cynisme de l'adulte aguerri.Tout en se mettant à nu et se racontant tel qu'il était, il recouvre toutes ses anecdotes d'un voile d'orgueil ironique, avec pleine connaissance de l'écrivain qu'il deviendra, et n'hésite pas à faussement se jeter des fleurs pour mieux dénoncer certains thèmes contre lesquels il se sera opposé toute sa vie (sa condition bourgeoise, la relation avec l'autre...)

 

 

 

     Je l'ai dit plus haut : pour avoir découvert le monde à travers le langage, je pris longtemps le langage pour le monde. Exister, c'était posséder une appellation contrôlée, quelque part sur les Tables infinies du Verbe; écrire c'était y graver des êtres neufs ou - ce fut ma plus tenace illusion - prendre les choses, vivantes, au piège des phrases : si je combinais les mots ingénieusement, l'objet s'empêtrait dans les signes, je le tenais. Je commençais, au Luxembourg, par me fasciner sur un brillant simulacre de platane : je ne l'observais pas, tout au contraire, je faisais confiance au vide, j'attendais; au bout d'un moment, son vrai feuillage surgissait sous l'aspect d'un simple adjectif ou, quelquefois, de toute une proposition : j'avais enrichi l'univers d'une frissonnante verdure. Jamais je n'ai déposé mes trouvailles sur le papier : elles s'accumulaient, pensai-je, dans ma mémoire. En fait je les oubliais. Mais elles me donnaient un pressentiment de mon rôle futur : j'imposerais des noms.   

 

 

    J'ai un rapport particulier avec l'objet livre et Sartre, et pour des raisons personnelles, j'avais décidé avant de le lire que j'aimerai même si je n'aimais pas. Par chance, je n'ai pas eu à me forcer, j'ai vraiment apprécié. C'était un réel plaisir de lire une si belle écriture, de mieux comprendre un si grand écrivain et comment il a commencé à être cette figure inoubliable. Certains passages sont également si riches qu'au-delà de l'histoire elle-même se fond la grande Histoire et tout un contexte contenant les clés nécessaires pour voir plus loin.

 

    C'est un livre qui ne se prive - à mon avis - pas de relectures, car je suis sûre que j'ai loupé plein de références, mais même sans tout comprendre c'est à lire sans hésitations, ne serait-ce que pour la beauté du texte... et la beauté des mots.

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17 avril 2011 7 17 /04 /avril /2011 09:07

 

Les Fleurs bleues, Raymond Queneaulesfleursbleues

 

 

 

Éditions Gallimard

275 pages

 


 

   Cidrolin est un homme calme, paresseux, souvent à côté de la plaque. Il se contente de faire la sieste sur sa péniche, de boire de l’essence de fenouil et de temps à autres de croiser quelques touristes et de rencontrer sa famille constituée de trois filles et deux beaux-fils.

Le duc d’Auge, violent mais vaillant, décide, lui, du haut de sa tour, de partir à l’aventure et s’en va traverser les époques, participer aux croisades comme à la révolution française et réécrit l’Histoire à sa manière.

Deux histoires en parallèle rythmées par le sommeil : lorsque l’un s’endort, l'autre s'éveille, chacun croit qu'il rêve de l'autre, mais lequel rêve vraiment ?

Deux personnages aux humeurs étranges, chacun menant ses propres péripéties, entraînant le lecteur surpris à droite et à gauche au gré des évènements dignes de ces héros farfelus, et les pages se tournent de plus en plus vite.

 

 

    Le style de Queneau est un régal à lire : fidèle aux codes de l’OuLiPo, l’auteur joue avec la langue française et s’amuse avec le lecteur. Il invente des mots, des tournures, des jeux de mots, superpose au vocabulaire moyenâgeux l’argot contemporain, fait de nombreux clins d’œil à la littérature et au lecteur. Le tout donne une lecture dynamique et interactive, pour notre plus grand plaisir.

 


 

   - Et ce campigne ? Vous allez finir par me dire où il perche ?

Cidrolin fit des gestes qui déterminèrent la situation du lieu à dix centimètres près.

   - Je vous remercions, dit l'Iroquoise canadienne, et je vous prions de m'excuser d'avoir troublé votre sieste, mais on m'avait dit que les Français étaient si obligeants.., si serviables...

   - C'est un on-dit.

   - Alors je me suis permise...

   - Permis.

   - Permis ? Pourtant... l'accord du participe ?

   - Vous y croyez encore?! Comme à la serviabilité et à l'obligeance de mes compatriotes ? Seriez-vous crédule, mademoiselle ?

   - Comment ? il ne faudrait plus croire à la grammaire française ?... si douce... si pure... enchanteresse... ravissante... limpide...

   - Allons, allons, mademoiselle, vous n'allez pas pleurer pour si peu. Tenez, pour vous réconforter, ne voulez-vous pas prendre un petit verre d'essence de fenouil à bord de ma péniche ?

   - Nous y voilà ! un satyre ! ça aussi, on me l'avait bien dit. Tous les Français...

   - Mademoiselle... croyez bien...

   - Si vous pensez, monsieur, que vous parviendrez à vos fins trombinatoires et lubriques en me dégoisant de galants propos pour m'attirer dans votre pervers antre, moi, pauvre oiselle, pauvre iroquoiselle même, ce que vous vous gourez, monsieur ! ce que vous vous gourez !

 

 

 

 

    C'est bien évidemment à ne pas prendre au premier degré, et comme vous l’aurez compris, j’ai beaucoup apprécié cette lecture que j’ai absolument dévorée, les personnages sont drôles, les situations absurdes, j’ai retrouvé tout l’humour que j’avais découvert dans Exercices de style, et j’ai passé deux jours avec le sourire accroché aux lèvres.

Je vous le conseille donc vivement si vous voulez passer un moment de profonde détente hors de votre quotidien !

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20 octobre 2010 3 20 /10 /octobre /2010 19:12

Le Coeur Régulier, Olivier Adam

 

 

Editions de l'Olivier, 232 pages

 

 

lecoeurrégulier

 

    Le jour où Nathan avait croisé sa route, il y a huit mois de ce la, Natsume  Dombori n'était pas encore devenu ce héros national, cette célébrité. Il a fallu qu'il pose sa main sur l'épaule d'un journaliste au bord du gouffre, qu'il le ramène chez lui, le garde quelques semaines, lui offre le gîte, le couvert et sa patiente écoute, et que ce dernier croie bon de raconter tout cela dans le journal qui l'employait, sans omettre de préciser qu'il était loin d'être le premier à avoir ainsi été sauvé, recueilli et soigné. Hiromi affirme que depuis que cet ancien flic du district s'est fixé la mission de décourager les candidats au suicide et de les prendre  sous son aile, soit trois ans maintenant, le nombre de morts volontaires a diminué de moitié. J'ignore d'où elle tient cela, si des statistiques existent, si elle les tient elle-même.


 

 

 

 

     C'est un livre qui m'a fait tellement d'effet que je ne sais pas vraiment par où commencer ni si je saurais trouver les mots justes pour vous décrire mes impressions de lecture... Je vais sûrement très mal en parler, mais après réflexion, je pense qu'il vaut mieux mal en parler et tenter de vous le faire connaître que de ne pas en parler du tout.

 

 


    Je vais donc démarrer par la conclusion (logique, n'est-ce pas?) : c'est un roman absolument MA-GNI-FIQUE qu'il faut absolument que vous lisiez si vous en avez l'occasion !!

    Le lecteur se plonge directement dans les pensées d'une jeune femme, Sarah, mère de deux beaux enfants, au père attentif, une grande maison dans un quartier résidentiel; bref, une vie rangée, agréable, parfaite, "trop parfaite" même, selon ses dires. Mais au milieu de cette vie trop longtemps fardée, son frère, Nathan, son jumeau presque, tant ils ont partagé leur enfance et leurs idées, fait irruption avec son mal-être et son insistance. Il n'apprécie pas le mari, Paul, chose réciproque, et Sarah l'écarte peu à peu de sa vie.

    Seulement, quand Nathan meurt - accident de voiture, suicide ? - Sarah est sous le choc. Elle réalise qu'elle ne connaissait que trop peu de choses de lui, excepté qu'il était parti au Japon un peu plus tôt et qu'il en était revenu transformé, heureux.

    Réalisant du même coup que son foyer est froid, faux, elle s'enfuit au Japon sur les traces de son frère afin de comprendre ce qu'il était devenu, de le redécouvrir en même temps qu'elle fait le point sur sa propre vie et qu'elle se redécouvre elle-même.

 

 


tojinbo.jpg 

Tojinbo, village japonais où se déroule l'histoire


 

 

 

    Dans la salle il n'y a plus personne, juste la patronne qui débarasse les tables puis les fait reluire à l'aide d'un chiffon. Ses gestes sont vifs et légers, comme déconnectés de son corps, sa silhouette un peu raide, son visage tendu. Elle me propose une dernière tasse de café, un bol de thé vert. Je la remercie et, pour la première fois depuis que je suis ici, j'ose sortir de ma poche la photo de Nathan. Elle rit en le voyant et ça me fait un bien fou d'entendre ce rire, ça me fait un bien fou d e savoir que quelqu'un qui l'a croisé peut rire à son souvenir. Dans son anglais rudimentaire elle me dit que oui, elle s'en souvient, il est resté quinze jours chez elle, il était toujours saoul, en train de chanter et de rire ou de pleurer, "a very strange and very kind man". "C'est mon frère", lui dis-je. Mon frère. Je répète plusieurs fois ces mots, aussitôt les murs et le sol les engloutissent, à peine prononcés ils disparaissent, absorbés par le silence mat. Elle me prend les mains et me les serre, les siennes sont petites et comme couvertes de talc. Ses yeux brillent et son visage est d'une bienveillance grave et douce. On dirait qu'elle me présente ses condoléances. Comment peut-elle savoir ? Qu'a-t-elle bien pu deviner ? Elle se penche vers moi et me glisse à l'oreille, sans me lâcher les mains :

- Don't go see cliffs again. Not good for you.

 

 

 

 

 

    C'est une très belle ode à la fraternié, à l'amour, à la sensibilité. On suit l'évolution psychologique de Sarah, les découvertes qu'elle fait sur son frère, elle le revoit vivre une dernière fois. Son avancée, plongée au coeur d'un Japon apaisant et quotidien, est entrecoupée de ses souvenirs qui percent les apparences, dévoilant les difficiles vérités refoulées.

    Le style est magnifique, mélancolique, les descriptions sont belles, lyriques, rythmées, on se laisse porter le long des sentiments fraternels, des regrets, tout en restant dans un ton juste, jamais mièvre ou exagéré.

Mais au-delà se retrouve un élan d'espoir en l'homme - ou plus précisément en son prochain, en celui que l'on croise dans la rue qui cache ses faiblesses et que l'on a envie d'aider - à travers le personnage de Natsume notamment, discret et peu loquace, qui donne toute sa profondeur au roman.

 

    Finalement, "Le coeur régulier" c'est se retrouver dans ses sentiments et dans le coeur des autres, c'est dévoiler le non-dit, comprendre sans même se servir des mots (il n'y a d'ailleurs que très peu de dialogues et la barrière de la langue n'en est finalement plus une), tout passe par l'émotion, les sens, la présence de l'autre à ses côtés (ou non) lorsqu'il y en a besoin, c'est retrouver son rythme, un battement paisible.

 

 

Tojimbo.jpg

 

 

 

   Je n'ai pas vraiment su vous dire à quel point ce livre m'a touché, puisque j'en ai même dû arrêter ma lecture à plusieurs reprises pour avoir le temps de digérer certaines révélations ou scènes imposantes, et j'aurais aimé vous raconter bien plus (surtout sur le Japon très justement dépeint), mais le mieux c'est que vous alliez le dévorer dès que vous pouvez !!

 

 

    Personnellement, je compte très vite continuer à découvrir cet auteur que je ne connaissais pas (non, je n'ai jamais lu/vu "Je vais bien, ne t'en fais pas", mais ça ne saurait tarder!), et comme j'ai vu qu'il était dans la sélection pour le Goncourt, je lui souhaite de réussir !

 

 

 

    Un petit passage dans "La Grande Librairie", où Olivier Adam interrogé par François Busnel saura vous donner bien plus envie ! (Il vous suffit de cliquer ici)

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13 octobre 2010 3 13 /10 /octobre /2010 18:01

Exercices de style, Raymond Queneau exercicedestyle.jpg

 

 

Editions Gallimard, Folio

154 pages

 

  

 

    

Sonnet

 

Glabre de la vaisselle et tressé du bonnet

Un paltoquet chétif au cou mélancolique

Et long se préparait, quotidienne colique,

A prendre un autobus le plus souvent complet.

 

L’un vint, c’était un dix ou bien peut-être un S.

La plate-forme, hochet adjoint au véhicule,

Trimbalait une foule en son sein minuscule

Où des richards pervers allumaient des londrès.

 

Le jeune girafeau, cité première strophe,

Grimpé sur cette planche entreprend un péquin

Lequel, proclame-t-il, voulait sa catastrophe,

 

Pour sortir du pétrin bigle une place assise

Et s’y met. Le temps passe. Au retour un faquin

A propos d’un bouton examinait sa mise.

 

 

     Non, Exercices de style n'est pas un recueil de poèmes, c'est un genre tout autre et tout autrement original.

    Le principe du livre est tout simple : la petite histoire qui suit est racontée de 99 façons différentes, toutes aussi recherchées et drôles les unes que les autres :


     Dans l'autobus S quasi-bondé, le narrateur observe un homme au long cou, coiffé d'un chapeau entouré d'un galon tressé au lieu d'un ruban. Il accuse son voisin de lui marcher volontairement sur les pieds avant de se jeter sur une place libre. Deux heures plus tard, le narrateur le croise devant la gare St-Lazare alors que ce jeune homme écoute la proposition de son ami de remonter le bouton de son pardessus.

 

 

 

 

     Cette situation n'est qu'un prétexte à explorer les différents styles littéraires, toutes les façons d'écrire possibles et imaginables pour un même texte.


    Je peux vous dire qu'au bout de 99 versions, on finit par la connaître, l'histoire, mais alors qu'est-ce je me suis bidonnée ! Certaines m'ont vraiment fait mourir de rire (ruinant ma tentative d'être discrète à la bibliothèque...) !

C'est un livre détente, à lire ici et là entre deux métros les jours où l'on va pas fort pour se muscler les joues et s'évader un peu.


    Je vous fais partager quelques unes de mes préférées, mais c'est loin d'être exhaustif !

 

 

 

Médical


    Après une petite séance d’héliothérapie, je craignis d’être mis en quarantaine, mais montai finalement dans une ambulance pleine de grabataires. Là, je diagnostique un gastralgique atteint de gigantisme opiniâtre avec élongation trachéale et rhumatisme déformant du ruban de son chapeau. Ce crétin pique soudain une crise hystérique parce qu’un cacochyme lui pilonne son tylosis gompheux, puis, ayant déchargé sa bile, il s’isole pour soigner ses convulsions.

    Pus tard, je le revois, hagard devant un Lazaret, en train de consulter un charlatan au sujet d’un furoncle qui déparait ses pectoraux.

 

 

 

 

 

Poor lay Zanglay

 

    Ung joor vare meedee ger preelotobüs poor la port Changparay. Eel aytay congplay, praysk. Jer mongay kang maym ay lar jer vee ung ohm ahvayk ung long coo ay ung chahrpo hangtooray dünn saughrt der feessel trayssay. Sir mirssyer sir mee ang caughlayr contrer ung ingdeeveedüh kee lühee marshay sürh lay peehay, pühee eei arlah sarsswar.

    Ung per plüh tarh jer ler rervee dervang lahr Garsinglahzahr ang congparhrgnee d’ung dangdee kee lühee congsayhiay der fare rermongtay d’ung crang ler bootong der song pahrdessüh.

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29 septembre 2010 3 29 /09 /septembre /2010 22:46

On ne badine pas avec l'amour, Alfred de Musset onnebadinepas

 

 

Editions Bordas

127 pages


 

 

 

 

    Perdican et Camille sont cousins et se connaissent depuis leur plus tendre enfance. Séparés par leurs études, ils se retrouvent enfin une dizaine d’années plus tard à la cour du Baron, qui prévoit de les marier. Perdican vient de finir son doctorat, et Camille revient du couvent, mais les retrouvailles ne se déroulent pas tout à fait comme le Baron l’avait prévu. Si Perdican est ravi à l’idée d’épouser Camille, celle-ci ne se laisse pas attendrir par la volonté de ces hommes ni par les heureux souvenirs avec lesquels on tente de la convaincre. Perdican se tourne alors vers Rosette, la sœur de Camille, et lorsqu’il intercepte une lettre de sa supposée promise, Perdican va mettre en place un stratagème afin de se venger…

 

 

 

 

    Je dois dire que je m’attendais à autre chose venant de cette pièce que l’on considère comme un classique, donc je suis un peu déçue. Il n’empêche que j’ai quand même passé un très bon moment. La pièce est courte, agréable à lire, légère, divertissante et la fin est surtout surprenante. Les personnages secondaires (le curé, le baron et les gouverneurs des fiancés) ont un comportement complètement burlesque qui fait sourire et ajoute au charme de la pièce.

Je pense cependant que si l’occasion se présente, il est sans conteste préférable d’aller le voir sur scène !     

 

 

 

 

    "Adieu, Camille, retourne à ton couvent, et lorsqu'on te fera de ces récits hideux qui t'ont empoisonnée, réponds ce que je vais te dire : Tous les hommes sont menteurs, inconstants, faux, bavards, hypocrites, orgueilleux et lâches, méprisables et sensuels ; toutes les femmes sont perfides, artificieuses, vaniteuses, curieuses et dépravées ; le monde n'est qu'un égout sans fond où les phoques les plus informes rampent et se tordent sur des montagnes de fange ; mais il y a au monde une chose sainte et sublime, c'est l'union de deux de ces êtres si imparfaits et si affreux. On est souvent trompé en amour, souvent blessé et souvent malheureux ; mais on aime, et quand on est sur le bord de sa tombe, on se retourne pour regarder en arrière, et on se dit : J'ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois, mais j'ai aimé. C'est moi qui ai vécu, et non pas un être factice créé par mon orgueil et mon ennui."

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30 avril 2010 5 30 /04 /avril /2010 13:30

Enfance, Nathalie Sarrauteenfance

 


Editions : Gallimard, 277 pages


 


    Derrière un mot tout simple, Nathalie Sarraute nous livre sans ambages son « enfance », partagée entre son père et sa mère, la France et la Russie. Elle passe d’un pays à l’autre en même temps qu’elle passe d’un parent à l’autre. Mais la distance éloignera plus sentimentalement que géographiquement la pauvre Natacha de ses deux soutiens qui forment tout enfant. Sa mère, froide, incompréhensible, la reniera même, la laissant sans regrets sous la responsabilité de son père. Natacha ira finalement vivre à Paris, dans la maison où son père est rarement présent, et restera en compagnie de Vera, sa belle-mère, puis de Lili (ou Hélène), sa demi-sœur. Mais malgré son désir de ne pas décrire Vera comme toute belle-mère de conte, Natacha se sentira injustement délaissée, oubliée, sans parvenir à trouver sa place dans la famille.

    Elle nous livre également ses premiers rapports à l’écriture, ses premiers combats contre les mots pour les mettre à la bonne place, ses premiers échecs ou succès…    

 

 



    Je suis dans ma chambre, à ma petite table devant la fenêtre. Je trace des mots avec ma plume trempée dans l’encre rouge… je vois bien qu’ils ne sont pas pareils aux vrais mots des livres… ils sont comme déformés, comme un peu infirmes… En voici un tout vacillant, mal assuré, je dois le placer… ici peut-être… non, là… mais je me demande… j’ai dû me tromper… il n’a pas l’air de bien s’accorder avec les autres, ces mots qui vivent ailleurs… j’ai été les chercher loin de chez moi et je les ai ramenés ici, mais je ne sais ce qui est bon pour eux, je ne connais pas leurs habitudes… 

 


 


    Dans un effort de sincérité absolue et pour évoquer ses souvenirs tels qu’ils sont gravés dans sa mémoire, sans rien déformer ou enjoliver, l’auteur utilise une seconde voix, la sienne, sa conscience, pour poser les limites où son imagination vient flouter son récit. Tout au long l’écrivain hésite, se pose des questions - était-ce comme ça, ou bien comme ça ? -, avoue quand elle ne se souvient pas, ou bien quand elle reprend sa position complètement subjective, comme elle l’a ressenti, que l’autre « elle » vient nuancer.

 

    Une découverte entraînante dans les souvenirs d’un écrivain, d’une enfance agitée à sa manière, sans fioritures ni dramatisme romanesque, un récit simple qui donne même envie d’avoir une suite :).     

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26 mars 2010 5 26 /03 /mars /2010 22:51

L'Ancre de Miséricorde, Pierre Mac Orlanlancredelamisericorde


Editions Phébus, 251 pages




L’ancre de miséricorde est la dernière ancre, le dernier espoir que l’on jette à la mer quand toutes les autres ont lâché...



Petit Morgat (Yves-Marie) vit avec son père et Marianne dans la boutique L’Ancre de Corail, située rue de Siam à Brest. On est en 1770 et le commerce maritime bat son plein, tout comme les batailles navales et la piraterie.
L’appel de la mer et de l’aventure se fait grandissant chez Petit Morgat, alors quand Jean de la Sorgue le charge d’une sortie nocturne pour un échange d’informations, il n’hésite pas bien longtemps. Ce vieux bagnard et talentueux sculpteur qu’est Jean de la Sorgue (Petit Morgat tient toute sa collection de figurines sur l’étagère de sa chambre), lui confie que Petit Radet serait de retour dans les environs, et qu’il pourrait être sa chance de s’évader, lui pauvre innocent emprisonné par la faute de ce pirate ! On dit de Petit Radet que c’est un forban, un danger, mais personne ne sait vraiment à quoi il ressemble ni où il est. Ce qui est sûr, c’est qu’il répand la terreur tout autour de lui.
Jean est le seul à avoir vu son visage, et en échange de la complicité de Petit Morgat, il lui donnera la statuette le représentant.

Malheureusement, les choses ne tourneront pas exactement comme prévu et Petit Morgat va se retrouver embarqué dans la grande et dangereuse aventure de la ville finalement malgré lui et il vivra une expérience qui le changera à jamais.

Sa route sera semée d’embûches, de fuites, de personnes louches, de navires inconnus, de meurtres même, mais surtout d’un grand mystère : Qui est Petit Radet ? Où se cache-t-il ? Quels sont ses plans ?...


Petit Morgat cherchera ces réponses tout au long du roman, en s’entourant de différents personnages comme Nicolas de Bricheny, M. Burns, Manon, le Pillawer... dont les rôles seront déterminants pour l’avancée de son enquête.

 




Bien que sans surprises ni grand suspense, ce roman est bien sympathique et agréable à lire. Le style est simple, un peu ancien et presque enfantin, mais il nous transporte dans l’imaginaire dès les premiers mots. Le vocabulaire employé est souvent vieux, parfois trop, me forçant à m’interrompre pour satisfaire ma curiosité, mais il contribue extrêmement bien au contexte et à l’ambiance de l’histoire.

L’enquête est bien menée, rythmée… Y’a pas à dire, c’est une belle histoire d’aventure, de dangers et de pirates comme on n’en trouve plus !





Il posa sa main familièrement sur mon épaule et dit tout en souriant : "Tout ceci est de l'aventure, Petit Morgat, de la belle aventure dorée, sous le soleil de Caracas, comme tu le penses trop souvent... Mais cette belle aventure aboutit quelques fois au quai des Exécutions ou au gibet de Savannah. Je fus un jour témoin de ce divertissement patibulaire et j'en ai gardé un souvenir profitable.
- Oh ! monsieur Burns, dis-je. Il y a aventure et aventure...
- Ecoute notre ami, répondit mon père. C'est un homme qui possède la sagesse et l'expérience. Sers le roi avec honneur et gagne l'estime de tous ceux qui t'approcheront. Il n'est besoin pour atteindre ce but que de courage et de dignité. L'aventure est belle dans les livres; dans la réalité ce n'est qu'un mirage dangereux.
- Yves-Marie rencontrerait l'aventure dans un bouquet d'anémones, dit Nicolas de Bricheny, qui venait d'achever son dessin.
 

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