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Kafka sur le rivage courseaumoutonsauvage.jpg

  enfanthuitre

Aperçu

- Même s'il fait beau, vous feriez mieux de prendre votre parapluie.
Le policier hocha la tête. Puis il se retourna pour regarder l'horloge sur le mur derrière lui. Le collègue avec qui il avait rendez-vous n'allait pas tarder à l'appeler.

- Entendu, je prendrai mon parapluie.
- Il va tomber des poissons du ciel comme s'il en pleuvait. Des sardines, je pense. Mais il y aura peut-être bien quelques maquereaux aussi.
Le policier éclata de rire.
- Des sardines et des maquereaux ! répéta-t-il. Dans ce cas, il vaudrait mieux ouvrir son parapluie à l'envers pour recueillir les poissons et, de cette façon, on pourra préparer du maquereau au vinaigre !
- Le maquereau au vinaigre est un des plats préférés de Nakata, répondit le vieil homme avec le plus grand sérieux. Mais demain, à cette heure-là, Nakata ne sera plus là.

Le lendemain, quand une pluie de sardines et de maquereaux se mit effectivement à tomber sur ce coin de l'arrondissement de Nakano, le jeune policier se sentit blêmir. Environ deux mille poissons tombèrent soudain du ciel, sans le moindre signe précurseur. La plupart s'écrasèrent par terre à l'arrivée mais quelques-uns, encore vivants, frétillaient sur le sol devant les boutiques de la rue commerçante.


Kafka sur le rivage, Haruki Murakami

Mes avis

 : Pas terrible
 : Déjà vu mieux
 : Agréable à lire
 : Passionant 
 : Magnifique
  : Coup de coeur

Bienvenue, Welcome, Yôkoso!

 

Vous voilà sur un blog entièrement dédié à la lecture, l'une de mes grandes passions.

J'ai une préférence marquée pour la littérature japonaise, et la littérature classique anglaise et française (pour le moment, mais je change souvent !)

J'aime en général lire de tout, je n'ai pas vraiment de barrières,

aussi je vous propose dans ce blog de vous faire partager toutes mes lectures,

tout comme je serais ravie que vous me fassiez découvrir les vôtres ^^ !




Bonne balade !


 

1 mai 2011 7 01 /05 /mai /2011 10:15

Le chat qui venait du ciel, Hiraide Takashilechat

 

 

 

Editions Philippe Picquier

130 pages

 

Titre original : Neko no kyaku (猫の客)

Traduit du Japonais par Elisabeth Suetsugu


 

 

 

 

 

 

    Le chat qui venait du ciel est peut-être un court et simple roman, mais il n'en est que plus intense. En un centaine de pages, Hiraide parvient à peindre avec finesse une puissante relation que s'est mise à entretenir un couple avec un chat vagabond, et les profonds sentiments qui les unissent - le respect, l'admiration, le dévouement... - ne peuvent que toucher le lecteur, surtout s'il appprécie les chats.

 

    Plus que la relation avec le chat, le héros - écrivain au rythme décalé - s'attache également à la vieille maison dans laquelle il occupe un pavillon, ainsi qu'au jardin, lieu privilégié d'un contact avec la nature.

 

 

 

 Il paraît qu'on appelle cette partie sud de la pièce planchéiée "le plafond bondissant". Le terme désigne une forme précise, quand l'auvent extérieur pénètre à l'intérieur pour devenir partie intégrante du plafond. Comme c'était une vitre semi-opaque munie d'un store de bambou tressé, cette trouée servait également de vasistas. Je m'allongeais sous cette fenêtre, sur la natte de jonc couvrant les lattes du parquet et, le coude replié en guise d'oreiller, je guettais les métamorphoses de la lumière.

 

 

 

    Ce récit nous emmène partager cette tranche de vie douce, paisible, où l'on se sent flottant un peu comme dans un rêve, on ne sait pas exactement ce qui s'est passé, mais on sait que l'on se sent bien, en contact avec le monde, ému par ces présences anodines que l'on ne prend jamais le temps de contempler.

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19 décembre 2010 7 19 /12 /décembre /2010 13:05

Papillon suivi de La lionne, Yukio Mishimapapillon

 

Editions Gallimard, Folio2€
Traduit du japonais par Ryôji Nakamura et René de Ceccatty



 

 

    Voilà mon challenge japon débuté par un grand nom de la plume extrême-orientale, à savoir Mishima, que j’apprécie pour son écriture simple mais évocatrice, l’essence même de l’art japonais. Ici deux nouvelles sont réunies : la première au titre éponyme, et la seconde intitulée "La Lionne". 

 

 

    Dans "Papillon", Kiyohara assiste au dernier concert de la talentueuse cantatrice, Mme Butterfly. Il s’égare alors dans ses souvenirs, jusqu’en Italie lors d’un autre concert de la même interprète, où il a rencontré Hanako. Cette nouvelle charmante et poétique réussit à faire en quelques pages seulement l’éloge de l’éphémère, de la mémoire à laquelle la vie fait oublier des choses importantes pour la marquer profondément des instants les plus fugaces.

  

    La nouvelle « La lionne » elle, met en scène un couple dont la relation prendra un tournant tragique. Shigeko ressasse en boucle les évènements traumatisants de la guerre et vivote tant bien que mal sans s’occuper de son fils, supportant mal l’absence de son mari, Hisao, tournant et retournant comme une lionne en cage. Alors qu’elle pensait Hisao en voyage d’affaires, celui-ci se révèle en fait être en train de planifier sa vie avec une autre femme, Tsuneko…

Une nouvelle au dénouement inattendu et absolument exquis !

 

 

 

    J’admire énormément Mishima pour sa capacité à écrire des récits légers, ses belles descriptions, tout comme il sait écrire les drames les plus poignants (même chose dans Dojoji).  Sans être un coup de cœur non plus, de fortes images me sont restées, et il a su sans conteste me faire passer un bon moment !

 

 

 

    "Était-ce l’effet du pouvoir mystérieux qu’avait cette excellente cantatrice, telle une magicienne, de faire naître des illusions à volonté ? Quand elle chantait Un bel di vedremo, on voyait apparaître à ses yeux la couleur de la mer. Sur la mer grossière en carton-pâte, descendaient d’authentiques esprits marins. Les yeux de madame Butterfly n’étaient plus noirs, comme chez les Japonaises. À force de guetter, jour après jour, la mer, ils avaient fini par en prendre la couleur. Mais, comme par un pressentiment, juste avant la tragédie du dernier acte, où même son visage pourrait avoir un teint de mer, elle jetait un regard extatique vers l’éclat aveuglant de la mer en plein jour. Un navire qui lui apporte la tragédie. Ce sont les yeux d’azur transparent de Madame Butterfly qui l’ont attiré. Ce qu’elle attendait, ce n’était pas Pinkerton. En réalité, c’était la tragédie. C’était la mort. Ce qu’elle se consumait à attendre…"
Papillon 

 

 

Lu dans le cadre du challenge In the Mood for Japan, chez Choco !

challenge-In-the-mood-for-Japan

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10 octobre 2010 7 10 /10 /octobre /2010 18:48

Le Meurtre d'O-Tsuya, Jun'ichirô Tanizakitanizakilemeurtredotsuya

 

 

Editions Gallimard, Folio 2€

124 pages

Traduit du japonais par Jean-Jacques Tschudin

 

 

 

    Shinsuke est follement amoureux d’O-Tsuya, la fille de son patron, avec laquelle il vit une histoire interdite de par leur différence de situation sociale. Déjà empli de honte, le respect pour son employeur le pousse un jour à refuser la fugue que propose la belle, mais l’amour finira par le persuader.

    Pendant que leur ami Seiji les cache et tente de convaincre les parents de ne plus s’opposer au mariage, les deux amants se complaisent et profitent l’un de l’autre sans retenue durant plusieurs savoureuses semaines. Mais Shinsuke va se retrouver victime d’une machination tragique qui les séparera et mènera à la révélation passionnante de leur noire personnalité.

 

 

 

 

Depuis qu’ils étaient chez Seiji, installés au premier étage, O-Tsuya était devenue littéralement une autre personne, éclatante de santé, enjouée et téméraire. […] Observant attentivement les geishas, O-Tsuya s’était vite pénétrée de leurs manières, et quelques jours après son arrivée, elle avait remplacé le joli chignon relevé à la shimada qu’elle portait en quittant la maison, par le style plein d’abandon de Hyôgo, ornant son abondante chevelure de peignes de buis ostensiblement plantés au-dessus des tempes ; elle portait comme l’eût fait un homme le dotera de pongé rayé que la patronne de l’auberge lui avait prêté contre le froid et fumait sans retenue un tabac qu’elle ne savait pas encore apprécier. Elle avait aussi retenu des expressions utilisées par les geishas de Suzaki, elles-mêmes contaminées par le langage des prostituées, et à plusieurs reprises, elle avait inconsidérément recouru pour parler d’elle-même à des tournures telles que Shinsuke, les sourcils froncés, lui avait demandé avec irritation où diable elle avait appris à parler ainsi !

 

 

 

    J’ai trouvé ce court roman divertissant et parfois surprenant. Il met en avant les principes de l’honneur japonais et de la honte concernant la famille ou au sein de la hiérarchie sociale.

    Il renverse également les préjugés de la domination masculine sur les femmes, montrant comment le rapport de force peut être inversé grâce à la beauté et à une habile manipulation.

 

    ça n’a pas été ma lecture préférée de Tanizaki, mais il reste toujours à découvrir !

 

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3 octobre 2010 7 03 /10 /octobre /2010 14:42

Kafka sur le rivage, Haruki MurakamiKafka sur le rivage

 

 

Titre original : 海辺のカフカ

Editions 10/18

Traduit du japonais par Corinne Atlan

 

 

 

 

 


    Kafka Tamura a 15 ans lorsqu’il fugue de chez lui. Sa mère l’a quitté sans un mot alors qu’il était encore enfant, emportant avec elle sa sœur adoptive, et le laissant entre les mains d’un père absent.

Partant avec seulement son courage, son subconscient qui prend la forme d’un garçon nommé corbeau et d’une noire prédiction qui le hante depuis petit, il fuit Tokyo pour commencer une nouvelle vie sur l’île de Shikoku, au sud du pays.

 

    En parallèle, nous sommes témoins d’un étrange évènement produit il y a des années de cela et qui attend toujours son explication rationnelle : lors d’une promenade en forêt, tous les élèves d’une classe de primaire sont victimes d’une perte de conscience commune. Ils se réveillent peu de temps après, sauf un, Nakata, qui reste plongé dans le coma durant plusieurs mois. A son réveil, il ne sait plus lire, ni écrire, il est devenu « stupide », comme il se décrit lui-même.

On le retrouve bien des années plus tard, et il est muni de la capacité surprenante de parler aux chats. Ces derniers vont l’embarquer dans une épopée dont il n’y comprendra que peu de choses et dont il ne prévoira aucune de ses étranges étapes.

 

    Ces deux personnages qui n’ont apparemment rien en commun laissent le lecteur perplexe à la recherche du moindre indice, et pourtant leurs aventures vont se faire écho et devenir dépendantes l'une de l'autre.

 

 

 

 

    Un coup de cœur, tout simplement. 

    Malgré un départ un peu long, un style sec, haché (traduction ?) comptant quelques descriptions qui ne m’évoquaient rien, on se laisse finalement emporter par la douce poésie de l’auteur, de l’histoire, des mots choisis qui nous plongent dans un ailleurs sublimement onirique (j’ai décidé pour l’occasion que « sublimement » existait !).

On lit tranquillement, sans trop comprendre, puis tout s’accélère, on commence à trouver des pistes, à réfléchir, faire des liens sans pourtant jamais s’approcher de la vérité. Murakami nous mène hors des sentiers battus sur une route inimaginable à l’intrigue fascinante, où, au fur et à mesure de notre avancée, tout converge et se met en place pour une fin incroyablement vibrante.

 

    Les personnages sont naturels, sans aucune prétention, notamment Nakata, qui m’a fait beaucoup rire avec son compagnon et toutes ses aventures invraisemblables. Dans le cas de ces deux amis, le langage est simple – Nakata ne comprenant pas les mots trop compliqués – et parlé, mais néanmoins emprunt d’un certain lyrisme.


Extrait d’un dialogue entre Nakata et un policier :

 

"- Même s'il fait beau, vous feriez mieux de prendre votre parapluie.
Le policier hocha la tête. Puis il se retourna pour regarder l'horloge sur le mur derrière lui. Le collègue avec qui il avait rendez-vous n'allait pas tarder à l'appeler.

- Entendu, je prendrai mon parapluie.
- Il va tomber des poissons du ciel comme s'il en pleuvait. Des sardines, je pense. Mais il y aura peut-être bien quelques maquereaux aussi.
Le policier éclata de rire.
- Des sardines et des maquereaux ! répéta-t-il. Dans ce cas, il vaudrait mieux ouvrir son parapluie à l'envers pour recueillir les poissons et, de cette façon, on pourra préparer du maquereau au vinaigre !
- Le maquereau au vinaigre est un des plats préférés de Nakata, répondit le vieil homme avec le plus grand sérieux. Mais demain, à cette heure-là, Nakata ne sera plus là.

Le lendemain, quand une pluie de sardines et de maquereaux se mit effectivement à tomber sur ce coin de l'arrondissement de Nakano, le jeune policier se sentit blêmir. Environ deux mille poissons tombèrent soudain du ciel, sans le moindre signe précurseur. La plupart s'écrasèrent par terre à l'arrivée mais quelques-uns, encore vivants, frétillaient sur le sol devant les boutiques de la rue commerçante."

 

 

 

    L’auteur lie magnifiquement bien l’humour à la réflexion par le biais des dialogues qu’entretient Kafka avec ses futures rencontres, que j’ai trouvé d’une rare profondeur et émotion :

 

"-J'ai peut être assassiné mon père en rêve. J'ai emprunté des circuits particuliers aux rêves et je suis allé le tuer.

- C'est ce que tu crois. En un sens, c'est peut-être une réalité pour toi. Mais la police - et personne d'autre d'ailleurs - ne te poursuivra pas pour responsabilité onirique. Personne n'a le don d'ubiquité. Einstein l'a démontré scientifiquement, c'est une vérité universellement reconnue.
- Je ne parle pas de loi, ni de science.
- Ce dont tu parles, Kafka Tamura, c'est d'une supposition, ni plus, ni moins. Une supposition hardie et surréaliste, digne d'un scénario de science-fiction.
- Bien sûr, qu'il s'agit d'une supposition. Je le sais bien. Sans doute que personne ne croira à une hypothèse aussi ridicule. Mais si aucune antithèse ne vient réfuter une hypothèse, aucun progrès scientifique n'est possible. C'est ce que mon père disait toujours. Une antithèse c'est un champ de bataille dans le cerveau, voilà ce qu'il disait. Il répétait cette phrase comme une litanie. Et pour l'instant, je ne vois pas la moindre antithèse à opposer à cette supposition.
Oshima se tait.
Je ne trouve rien à ajouter non plus.
- C'est pour échapper à cette prédiction que tu as fugué, que tu t'es enfui aussi loin, n'est-ce pas ? finit par dire Oshima.
Je hoche la tête, puis je lui montre le journal plié sur la table.
- Mais on dirait que je ne suis pas parvenu à lui échapper.
N'espère pas que la distance résoudra tout, avait fait remarquer le garçon nommé Corbeau."

 

 

 

 

    Si la fin laisse toujours planer un certain mystère, c’est pour n’en garder que plus un sentiment de grande aventure, de splendeur et de magie, bien après avoir refermé le livre.

 

    Si vous ne connaissez pas encore, vous n’avez plus qu’à vous jeter dessus !

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4 septembre 2010 6 04 /09 /septembre /2010 15:40

Complément Affectif, Mari Okazakisuppli

 


Titre original : サップリ (Suppli)

Editions : Akata/Delcourt, 200 pages

Traduit du japonais par K. Yuko

 

Lu en japonais (éditions Shodensha)


Série finie au Japon avec 10 tomes

8 tomes parus en France

 

 

 

 

 

    Comment réagir lorsque l’on vient de se faire plaquer après 7 ans d’histoire commune ? Sous prétexte qu’elle travaille trop, Minami Fujii se voit redevenir célibataire, état qu’elle ne se connaissait plus depuis longtemps. Elle se retrouve un peu perturbée, se pose plein de questions et ne sait plus trop où elle en est dans sa vie et ses sentiments. Alors qu’elle se réfugie encore plus dans le travail, cette séparation lui permettra de se sentir « renaître », de nouer de nouvelles relations sociales et de découvrir ses collègues, avec qui se tisseront petit à petit amitiés et histoires d’amour.


 

 

 

    À la fois dérangeant et misant sur l’humour dans les moments les plus sombres et les plus inattendus, ce manga suivant de près l’évolution psychologique de Fujii nous prend dès les premières pages. Cette publicitaire de 27 ans est pleine de bonne volonté et se retrouve souvent dans des situations cocasses, à réagir toujours d’une façon surprenante. Elle cherche des nouveaux moyens de s’en sortir dans sa nouvelle vie, pas toujours pour le mieux mais souvent pour nous faire rire.

     Le dessin est fin, clair, aéré, simple et mature à la fois ; un réel plaisir à lire.


    Ce manga est un bon moyen de pénétrer plus profondément dans le monde de l’entreprise japonaise et d’y découvrir les différentes relations entretenues : relations hiérarchiques, pression forcée par les clients exigeants, système d’auto-emploi du temps, heures supplémentaires, sorties du soir entre collègues qui définissent cet environnement si éloigné du nôtre.

  

    Une série à suivre sur papier comme sur l’écran avec l’adaptation japonaise « Suppli » !

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27 août 2010 5 27 /08 /août /2010 12:12

Années d'enfance, Jun'ichirô Tanizakihttp://multimedia.fnac.com/multimedia/images_produits/ZoomPE/3/1/2/9782070731213.jpg

 

 

Editions : Gallimard, Haute Enfance

295 pages

Traduit du japonais par Marc Mécréant

 

 

 

 

    Jun'ichirô Tanizaki (1886-1965) nous livre dans son autobiographie l'histoire de ses premières années, depuis ses trois ans environ jusqu'à son entrée au collège.

 


    Comment bien la résumer, cette autobiographie si riche de souvenirs ?

    Entre l'histoire de sa famille et les difficultés financières croissantes que son père doit gérer, Tanizaki nous plonge dans un Japon une centaine d'année en arrière, en compagnie de ses camarades de jeux d'alors vagabondant dans les anciennes rues de Tôkyô, d'acteurs de kabuki (un type de théâtre traditionnel) adaptant les légendes japonaises que l'auteur transcrit dans de nombreuses plaisantes digressions, et d'autres personnages qui auront marqué sa mémoire. Il nous emmène sur les bancs de l'école avec son professeur, M. Inaba, qui lui fera découvrir la littérature classique chinoise et qui lui donnera son premier contact avec le plaisir de la lecture et de l'écriture.

    Entre ces principaux thèmes se faufilent bien d'autres souvenirs encore : l'auteur dans son histoire familiale nous transmet la légende de son grand-père, décrit la beauté de sa mère mais également des femmes qu'il vient à croiser, raconte ses premières années dans l'opulence, rend hommage à ceux qui furent ses modèles sans oublier ses rivaux pour lesquels il témoignait moins de la jalousie que du respect.

 

 

 

 

 

    Je revois encore ce que l'on représentait le plus souvent sur la scène des divers temples : un acteur à masque de femme et portant toilette de l'ancien temps dansait en faisant tinter des clochettes; des masques grotesques et grimaçants exécutaient des danses bouffonnes; des danseurs en costumes splendides et hakama de cérémonie largement fendu étaient affublés d'un masque de renard à crinière blanche ébouriffée comme le lion du nô Shakkyo ("Le pont de pierre"); un fou ou un monstre grimaçant cherchait des histoires à un renard, se livrait à toutes sortes de gesticulations, se trouvait finalement métamorphosé en renard et atteignait aux dernières limites de la drôlerie; au lieu d'un renard, c'était aussi un diable bleu ou un diable rouge qu'on voyait apparaître et qui terrorisait par ses menaces l'imbécile ou le grotesque grimaçant. Il y avait sans doute encore bien d'autres choses, mais la plupart des danses étaient de cette espèce-là.

 

 

 

 

 

    Comme pour Enfance de Nathalie Sarraute, j'ai bien aimé cette autobiographie qui me permet encore une fois de découvrir la jeunesse d'un auteur. La découverte du Japon de Meiji m'a fascinée, toutes ces déambulations et ces déménagements dans les rues de Tôkyô - que l'auteur s'efforce de bien préciser, noms à l'appui - m'a réjouit puisque j'ai été capable de tout bien situer, suite à ma récente expérience sur les lieux. Cet afflux de noms japonais qui se ressemblent pourraient par contre en perdre plus d'un parmi ceux qui n'en ont pas l'habitude.

     La précision dont fait preuve sa mémoire est tout simplement étonnante, surtout en ce qui concerne les représentations théâtrales. Tout y est détaillé : les décors, les costumes, les noms des acteurs et leurs performances... Il retrouve même certaines critiques qui lui permettent d'appuyer ses souvenirs.

    Un seul point négatif : la fin. Plongée comme je l'étais dans le livre, j'ai tourné machinalement la page pour m'apercevoir qu'il n'y avait... rien. C'était fini. Aucune conclusion, rien, ça s'arrête juste en plein milieu. Je suis complètement restée sur ma faim.

    J'ai trouvé également que le style d'écriture était simple, trop simple même et tirant  parfois sur le fade. Si c'est une erreur incombant à la traduction, celle-ci a tout de même l'avantage d'avoir été plutôt travaillée, évitant autant que possible d'insérer des mots japonais : tatami n'apparaît par exemple jamais, bien qu'on en soupçonne maintes fois son emploi dans la version originale.

 

    La lecture est donc souvent facilitée pour quiconque n'a aucune expérience de la langue mais qui s'intéresse quand même à l'histoire et à la culture japonaise. L'enfance de l'auteur n'est pas plus différente qu'une autre, mais tellement plus intéressante pour nous occidentaux puisqu'elle nous permet de nous plonger au coeur d'un quotidien carastérique japonais empli de ses traditions.

 

 

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26 février 2010 5 26 /02 /février /2010 09:18

Dojoji et autres nouvelles, Yukio Mishimadojoji

Editions Gallimard, Collection Folio 2€, 127 pages.
Traduit de l'Anglais (choix de l'auteur) par Dominique Aury

Crazy Caraïbe



Quatre nouvelles à l'histoire et aux personnages bien différents, au style tantôt léger tantôt terrifiant, faisant preuve d'humour subtil ou de passion dévorante, avec pourtant le même point commun : les traditions japonaises dans toute leur splendeur.
Le sens de l'honneur, de la honte et du comportement en public, le dévouement à son pays et son aimé, les prières aux Dieux et autres rituels (dont le seppuku), le non-dit, l'amour mortel et le (double) suicide... Rien de mieux pour se plonger droit au coeur du Japon médiéval !


Les nouvelles "La perle" et "Les sept ponts", dont les personnages sont féminins, évoquent avec douceur et cette ironie particulièrement japonaise la psychologie des femmes de l'époque, leurs croyances et espoirs, leurs relations changeantes qui passent avant-tout par l'opinion des autres et leur réputation.

"Dojoji" est une pièce de théâtre qui aborde des thèmes plus sombres, comme l'amour (il faut savoir qu'au Japon ce thème n'est jamais joyeux ni romantique) dont la déception inspire la défiguration de la jeune fille.
"Patriotisme" également n'est pas une partie de plaisir : les thèmes si connus du suicide amoureux et du seppuku sont longuement décrits, et dans les moindres détails. Il faut s'accrocher pour le finir, je crois que j'ai rarement lu quelque chose d'aussi sanglant et répugnant.



Mme Azuma, devant toute cette agitation, ne trouvait pas de mots pour en déplorer la cause. Elle était outrée qu'une hôtesse se permît de créer une situation aussi impossible pour la perte d'une seule perle.
Mme Azuma décida de s'offrir en sacrifice pour tout sauver. Avec un héroïque sourire elle s'écria : "C'est donc ça ! ça doit être une perle que je viens d'avaler ! [...] J'ai bien eu l'impression qu'elle me restait un peu en travers de la gorge. Bien sûr, s'il s'était agi d'un diamant je le rendrais tout de suite - au besoin en me faisant opérer - mais comme c'est une perle je vous demande tout simplement de me pardonner."

(La Perle)



J'ai beaucoup apprécié ces nouvelles, qui ont su me dégoûter mais également me faire rire, et malgré mon esprit sensible, "Patriotisme" a été très enrichissant au niveau du hara-kiri, pour témoigner de la dignité et du courage japonais que je ne soupçonnais pas à ce point, tout comme l'ensemble des nouvelles sont une vraie (re-)découverte pour ceux qui s'intéressent à la culture de ce pays !
Oui oui, je conseille quand même =) !

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22 janvier 2010 5 22 /01 /janvier /2010 15:30
Parasites, Ryû Murakami

Editions Philippe Picquier
Traduit du Japonais par Sylvain Cardonnel
parasites



Les Japonais ont un mot déjà tout fait pour désigner les reclus volontaires de la société, du monde extérieur : les « hikikomori ».


C’est donc par ce terme que je décrirais Uehara, héros – ou plutôt antihéros – du roman.

Rejeté par sa famille depuis son enfance, cela fait maintenant 8 ans qu’il vit seul dans un petit appartement, non loin de ses parents, et qu’il ne l’a jamais quitté. Il est suivi par l’hôpital psychiatrique qui le considère comme malade après qu’il ait avoué loger un ver parasite dans son corps. Il passe donc ses journées à jouer aux jeux vidéos ou à regarder la télévision, surtout l’émission de la présentatrice Yoshiko Sakagami, et subit de temps à autres les visites de sa mère.


Jusqu’au jour où il manifeste le désir d’avoir un ordinateur avec internet, que sa mère, trop heureuse de le voir vouloir quelque chose, s’empresse de lui offrir. Il surmonte alors sa peur des autres et poste un message sur le forum des fans de Yoshiko Sakagami. Les seuls à lui répondre sont les membres d’une organisation appelée INTER-BIO. Ils vont lui divulguer des informations secrètes sur les parasites, notamment le ver khoslocatère, qui expliquerait les profondes crises de violence dont il est sujet. Et c’est grâce à ces informations et à cette organisation que Uehara va entamer son intégration surprenante et terrifiante dans la société.

 

 


« Si j’ai bonne mémoire, les espèces condamnées à la disparition sont celles qui ont abrité les derniers vers khoslocatères. C’est d’ailleurs une des raisons qui conduisit à baptiser ainsi cet insecte parasite. Il existe aussi certaines espèces ou groupes programmés pour disparaître d’eux-mêmes afin de préparer l’avènement de modes de vie biologiquement supérieurs. La disparition des dinosaures offrit ainsi la possibilité à un nouveau système écologique de se développer, autrement dit, elle préparait les conditions indispensables pour qu’une vie commune soit possible à une nouvelle génération d’organismes biologiques. Le ver khoslocatère est l’annonce d’un nouvel espoir pour cette espèce qui a programmé son propre anéantissement. Les êtres humains dont le corps a été choisi pour abriter le ver khoslocatère ont reçu de Dieu le droit de tuer, de massacrer ou de se suicider. »

 

 

 

 


Ce roman me laisse très perplexe, je ne sais pas trop quoi en penser : je suis partagée entre l’horreur décrite avec tant de sang-froid, et la compréhension du personnage qui arrive finalement à évoluer, à s’intégrer dans la société même s’il reste fondamentalement différent. Uehara développe des envies, des projets, se donne les moyens d’y arriver, bien que ça ne soit pas souvent pour le meilleur.
L’auteur nous perd entre les notions de bien et de mal, de réel et d’irréel, de société et d’exclusion. On se pose des questions : Qui est en fait réellement malade ? Uehara, INTER-BIO ? Nous ? Où est la réalité et où s’arrête-t-elle ? Jusqu’où la conscience nous mène-t-elle ?


Un livre parfois un peu long, parfois soulevant une profonde incompréhension pour le lecteur : plusieurs chapitres dans la première moitié du livre sont entièrement dédiés à la description d’un film de guerre, à la recherche de pages internet, d’articles divers scientifiques et compliqués, qui sont tous insérés en vrac, comme on peut le retrouver dans Love&Pop… De quoi vouloir laisser tomber, j’avoue.
Et en même temps un style, une aventure humaine qui accroche et qu’on veut garder dans ses mains et découvrir jusqu’à la dernière page.


Mais au-delà des détails, l’auteur nous raconte une histoire que pourrait vivre n’importe quel hikikomori au Japon : la quête de soi, et de la volonté pour sortir affronter le monde (affronter est, je crois, le mot juste).
Seulement, alors que je viens à peine de refermer le livre, je ne sais pas si je dois être contente de la démarche d’Uehara et de sa nouvelle façon d’appréhender le monde et espérer que tous les hikikomori fassent le même effort, ou si je dois au contraire être effrayée de la manière dont il y est arrivé et dont l’auteur nous montre comment la mort peut, finalement, sauver une vie.

 


Un grand respect pour l’auteur qui me laisse pour la seconde fois après lecture un fort sentiment d’interrogation, mais qui n’a toujours pas réussi à me dégoûter de la société japonaise !


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14 décembre 2009 1 14 /12 /décembre /2009 16:42

Le Pourvoyeur de Cadavres, Yasunari Kawabata


kawabataEditions Albin Michel

Crazy Caraïbe


Alors que Shinpachi cherche un endroit au calme pour étudier, il en vient à partager une chambrette avec une jeune femme qu'il n'a jamais rencontré. Il vit selon le phénomène "Box and Cox", qu'il explique: il y vit le jour, et elle, la nuit. Ils ne se sont jamais croisés jusqu'à la mort de la fille. Shinpachi voit finalement ce visage blanc, et décrète sur le coup être son fiancé. Il recevra alors le faible héritage et sur le conseil d'un ami, il décidera de vendre le corps de la belle à l'école de médecine, où elle sera disséquée, ouverte, prise en photo pour Shinpachi. Ce qu'il n'avait pas prévu, c'est que la soeur de la défunte viendrait réclamer les os restés après la supposée incinération...

J'ai trouvé la nouvelle très originale, traitant d'un thème plutôt particulier qui reflète bien le style Kawabata. La chute est bien trouvée, amusante, et explicite le titre.
Etonnant, rapide à lire, un bon moment de plaisir.

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30 novembre 2009 1 30 /11 /novembre /2009 17:47

Ikebukuro West Gate Park, Ishida Ira

Editions Philippe Picquier, 318 pages
Traduit du Japonais par Anne Bayard-Sakai

Le Rouge et le Noir


Dans le quartier d’Ikebukuro, Japon, un jeune de la rue qui arrêté l’école comme nombreux autres, Makoto, passe la plupart de son temps dans le Square Ouest d’Ikebukuro. On comprend vite que cet endroit n’est pas celui le plus calme de Tôkyô. Makoto est neutre entre les guerres de clans, il connaît bien la rue, et choisit bien ses contacts : il s’entend bien avec un officier de police, avec les chefs des gangs, et parvient même à rendre service à celui des Yakuzas. C’est pour cette raison que dès qu’un événement menace de perturber l’équilibre du quartier, on fait appel à lui. Il doit alors faire face à l’ « Etrangleur », un pervers qui a frappé déjà plusieurs fois, à un enlèvement chez les Yakuzas qui cache plus qu’il n’y paraît, il se retrouve à faire « garde du corps » rapproché d’un immigré clandestin, et enfin, la dernière partie qui clôt magnifiquement ce livre montre avec un style soutenu et un suspense croissant la naissance d’un nouveau gang qui plonge le quartier dans le danger permanent, assortie d’une reporter un peu particulière et attachante.


 Quatre histoires différentes, reprenant les mêmes personnages – ou presque -, la même histoire de fond, mais jamais le même déroulement, le même raisonnement, pas une histoire ne se ressemble, pas de redondance ni de lassitude. Les histoires sont séparées mais se suivent et se recoupent.

Makoto est un personnage aux goûts et aux habitudes étranges (par exemple quand il prend l’habitude de réfléchir sur de la musique classique) pour un héros influent de « polar », mais je me suis très bien associée à lui, j’avais vraiment l’impression d’être lui et d’essayer de décider pour lui. On le suit dans son quotidien, on vit avec lui, et au fur et à mesure du livre, on le voit évoluer et tenter de changer les choses pour rendre son quartier plus vivable.

 

Moi qui ne suis pas vraiment polar, j’ai trouvé ce livre très prenant, accrochant, le rythme est soutenu et ne laisse jamais au lecteur le temps de s’ennuyer. Quand on referme le livre, on a l’impression de bien connaître la rue, les gens, les lois, les forces, alors qu’on n’en est en fait qu’un étranger (c’est ça la magie des livres, j’adore :D). Ishida Ira nous plonge au cœur d’un Japon dont on ne parle pas dans les magazines ou les guides touristiques, un Japon caché et violent, mais auquel on finit par s’attacher. Je suis sûre que si on me jetait dans Ikebukuro Ouest je saurais me retrouver :P !

 

Ikebukuro West Gate Park, la même histoire, le même héros en manga et en drama, mais aussi dans un tome 2 pour le plus grand plaisir des dévoreurs de livres !

 

"Il fait un temps magnifique. L'air bien sec glisse avec les rayons du soleil sur la peau. Température, trente-trois degrés. Je me rends seul au Square Ouest. Des cumulo-nimbus partent à l'assaut du ciel très haut au-dessus d'Ikebukuro. Des nuages à la traîne traversent en zigzaguant la façade réfléchissante du grand magasin Tôbu. Des girls courageuses tentent de faire exploser le taux d'exhibition de la peau nue. Des boys incorrigibles essaient tels des paons d'attirer l'attention des filles pour les emballer. Spectacle habituel d'un après-midi d'été à West Gate Park." 

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